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A P-Funk Story - Part 1 : des débuts aux années 80Plus qu'une ramification du funk, le P. Funk (ou Pure Uncut Funk) est un univers à lui seul, une galaxie peuplée de personnages hauts en couleurs tous plus ravagés les uns que les autres. Un joyeux bordel dans lequel s'entremêlent funk (évidemment), rock, jazz, soul, gospel, pop, doo-wop, délires cosmiques, aquatiques, mythologie, bandes dessinées, substances illicites en tous genres et en grandes quantités, lexique incompréhensible, humour déglingué, costumes improbables (plateform boots, couche-culottes, lunettes avec des verres de 20 cm de diamètre…). Bref esthétiquement parlant le P.Funk se situe quelque part entre le cirque Arkaos et les comics Marvel. D'un point de vue musical, il s'agit d'un énorme regroupement de talents où la virtuosité le dispute à la créativité. Pour ses disciples, le P est devenu une véritable secte, avec ses codes, son langage, ses personnages et surtout son grand gourou, messie intergalactique de la funkittude absolue : George Clinton.Les débuts
© RA - www.raspage.com
On pourrait remonter les origines du P jusqu'à la naissance de Clinton mais je pense que tout cela serait trop long et surtout fort ennuyeux. Au commencement, Clinton fait partie du pléthorique staff d'auteurs-compositeurs de la Motown, ça paraît dès le départ difficile à imaginer mais c'est pourtant la vérité, et met sur pieds avec ses amis de l'époque les Parliaments, un obscur groupe de doo-wop comme il en existe tant à l'époque, «On faisait ce qui se faisait, une espèce de doo-wop, un truc vocal et funky pour des petits labels avec des phrases du type « Sing a little song, baby please, come on baby, I love you ». On cherchait de la chatte quoi ! ». Vivotant au milieu de la pléthore de combos déjà dans la place, les gaillards connaissent un succès sans lendemain avec le titre I Wanna Testify (classé n° 20 des charts en 1967, il deviendra un titre phare du P., se reporter à The Parliaments), succès qui les emmène en tournée avec notamment un passage à l'Apollo Theater de Harlem.
De Parliaments à Funkadelic Embrouilles contractuelles, bla, bla, bla et l'ami George se retrouve dépouillé du nom de son groupe. Pas grave, il signe chez le concurrent Westbound les (quasi) même déjantés sous le nom de Funkadelic (retenez bien ce nom). La mutation est sans commentaires : défoncés 24 /24, cheveux hirsutes, attitudes scéniques outrageantes (cf plus loin…), bricolages de studio, Marshall tonitruants, c'est guitare en avant toute que les Freaks vont graver 3 albums qui comptent parmi ce qui a été fait de plus hallucinant en matière de funk qui se plait à fusionner tout ce qui lui passe à portée de rythmique. L'heure est à l'expérimentation, les énergumènes rodés à la scène avec les Stooges d'Iggy pop et autres MC« Kick out the jam motoherfuckeeeeeeeeers !!! » 5 font alors copuler les rythmes carrés du funk Jamesbrownien avec la guitare d' Hendrix . De ce voyage au coeur de la dinguerie sortiront 3 albums : Funkadelic en 1970, Free Your Mind…And Your Ass Will Follow en 1971 (celui là à été enregistré en une journée et sous trip. «C'est vrai que la drogue fût pour beaucoup dans le résultat de notre musique » dixit Worrell ) et Maggot Brain en 1972 (avec la déchirante fresque de guitare d'Eddie Hazel qui, sur les conseils de Clinton, joua comme si sa mère venait de mourir), fantastique triptyque qui fera repousser à Clinton , Hazel , Bernie Worell –ces 2 là seront les 2 grands architectes sonores de Funkadelic - Billy Nelson, Fuzzy Haskins, Tikky Fulwood, Mickey Atkins, les limites du cinglé : « Quand elle arrivait à la radio, on nous déclarait parfois que notre nouvelle musique était trop Blanche pour les Noirs. Puis les autres affirmaient qu'elle était trop Noire pour les blancs. La vérité c'est qu'elle était trop givrée pour tous ».
Mais, entre temps, Clinton a récupéré les droits du nom The Parliaments et donc ?…
Sort un album sous le nom de Parliament ! Et pas n'importe quel album puisqu'il s'agit d'un des (nombreux) sommets de son œuvre : Osmium (aussi appelé Rhemium ou First Thangs ) véritable bible qui contient tous les sésames pour comprendre le P. Funk. Echec commercial mais sans doute pas artistique, le groupe est mis en veilleuse et Funkadelic poursuit son chemin entre rock, funk, blues, acides, soul…En 1972 sort un album charnière : America Eats Its Young. Une pochette provocante où l'on voit la statue de la liberté dévorant des nouveaux nés, un double album bourré de nouveautés, avec un nouveau son et surtout des nouveaux membres à commencer par Bootsy et son frère Catfish en sédition avec le Godfather Jaaaaames Brown. En la personne de Bootsy, Clinton trouvera un dingo à sa mesure à qui, loin de la discipline stricte et militaire de Mr Dynamite, il laissera toute latitude pour exprimer son jeu de basse qui allait influencer nombre de quatre-cordistes par la suite. Le groupe monte encore d'un cran en puissance. La suite marque un léger retour au calme. Avec Cosmic Slop en 1973, la furie semble ne plus être d'actualité, Eddie Hazel guitariste phare n'est pas de la partie et son absence se ressent. Cosmic Slop est beaucoup plus édulcoré que ses prédécesseurs, plus orienté grand public et donc moins à même de surprendre. Il n'empêche, le titre Cosmic Slop qui narre l'histoire d'une femme se prostituant pour faire vivre ses enfants deviendra un étendard du P-Funk. 1974 - 1975
Arrive 1974, et Clinton sort le meilleur cru de toute l'épopée Funkadelic : Standing On The Verge Of Gettin' it On ! Retour au rock et à la guitare, Eddie Hazel prend les choses en main en composant la majeure partie des titres pour un feu d'artifice, sommet du groupe à ce jour. Le bouillonnement créatif se fait ressentir, Parliament sort Up For The Down Stroke. Un bon album qui devait s'appeler au départ Whatever Makes Baby Feel Good, mais rien qui puisse mettre réellement en compote les tympans. Pas grave, les premiers Parliament ne seront que des tours de chauffe, le rendez-vous prophétique aura lieu en 1975…
Toujours concentré sur Funkadelic, Clinton publie l'année d'après Let's Take It To The Stage, en partie digne successeur de Standing On The Verge et sur lequel, sur de son fait et conscient de sa puissance de feu, il ira tailler des costards à ses confrères, et Chocolate City sous la bannière d'un Parliament qui se cherche encore et dont la fonction première est, pour le moment, de sortir de bons albums de funk, se défendant de toutes intrusions dans l'expérimental et le débridé. Le funk-rock tient la corde mais la bombe Parliament se prépare et est définitivement lâchée en 1975, Mothership Connection un album sur lequel rien est à jeter et pour lequel Clinton ampute à nouveau James Brown d'une partie de sa colonne vertébrale en débauchant 2 de ses plus fines lames : Maceo Parker et Fred Wesley qui ajouteront à ce monument du P. une flamboyance cuivrée. Merveille absolue de la galaxie P-Funk qui atomise toute concurrence à des kilomètres et rend accro des hordes de fans. Pour ceux qui en doutaient encore, Clinton s'impose comme l'homme de la situation avec cet album samplé jusqu'à la moelle.
Un coup de mou Mr George ? Vous voulez vous reposer ? Prendre un pti jus de fruits ? Pas le temps l'ami, la concurrence est rude, c'est pas le moment de tomber de son trône ! Parliament est en pleine bourre et niveau son, un rapprochement entre les 2 groupes commence à s'opérer au profit du sus-nommé. Pied au plancher dans les concepts débiles, The Clones Of Dr Funkenstein arrive dans la besace de Parliament toujours en 1976. Plus commercial que le précédent, il n'en reste pas moins une référence avec de nombreux classiques dans les sillons (album préféré de Snoop Dog, ça n'apporte rien mais je le dit quand même). Toujours en 1976, direction Funkadelic pour deux sorties à 6 mois d'intervalle : Tales Of Kidd Funkadelic sur Westbound et Hardcore Jollies sur Warner. Deux albums inégaux, le second étant supérieur, sur lesquels Michaël Hampton fait son entrée avec le statut de lead-guitar. Le groupe est clairement en perte de vitesse, la force est passée du côté de Parliament. Tu veux du Parliament ? Tu vas être servi et t'en auras jusqu'à plus soif puisqu'en 1977 sort un opus aussi définitif et parfait que Mothership Conection : Funkentelechy vs The Placebo Syndrome. Grooves imparables, basses synthétiques énormes de Worrell , Sir Nose un nouveau personnage récurrent du P. fait son entrée. La horde semble instoppable et repousse sans cesse les limites de son P-Funk de plus en plus pure et de plus en plus uncut. L'année suivante, les mêmes sortent Motor Booty Affair, fini les soucoupes volantes et les ovni pas funky, place aux grands fonds marins avec cet album au concept aquatique. Clinton habillé en cow-boy avec son ghetto blaster sur l'épaule fait du surf sur des dauphins, si ça c'est pas le top du cool…
Les productions annexes
Chevauchant son hydre à 2 têtes, il bombarde le monde de ses projets parallèles, souvent des excroissances de ses deux formations principales, qu'ils signent sur différents labels. Les noms des groupes changent, l'orientation est différente en fonction du leader mais globalement on retrouve les mêmes musiciens. Auteur d'un grande partie des titres les plus excitants en compagnie du chef et du génial clavier Bernie Worrell, Bootsy Collins prend ses aises et part en vadrouille avec son Bootsy's Rubber Band ( Stretchin' Out In Bootsy's Rubber Band en 1976, Ahh…The Name Is Bootsy en 1977, Bootsy ? Player Of The Year en 1978 plus des albums sous son seul nom et un sous celui de Sweat Band en 1980), Fuzzy Haskins et son chant dents serrées sort lui aussi 2 albums A Whole Nother Thing et Radioactive et 1976 et 1978. Eddie Hazel sortira un extraordinaire Games, Dames & Guitar Thangs en 1977, Fred Wesley et ses fidèles Horny Horns (including Maceo ) publient 3 albums ( ABlow For Me A Toot For You en 1977, Say Blow By Blow en 1979, et The Final Blow en 1994), Bernie œuvre avec ses Woo-Warriors , Dawn Silva et Lynn Mabry telles des sirènes envoûteront de leur voix de nombreux Ulysse sous le nom des Brides Of Dr Funkenstein ( Funk Or Walk en 1978 et Never Buy Texas From A Cowboy en 1979), l'autre chœur féminin composé de Jeanette Washington, Debbie Wright et Mallia Franklin estampillera 3 albums sous le nom de Parlet ( Pleasure Principle en 1978, Invasion Of The Booty Snatchers en 1979 et Play Me Or Trade Me en 1980), Glenn Goins et son frère crééront Quazar (un seul album du même nom en 1978, Glenn aura la mauvaise idée de mourir avant la sortie…) Jérôme Brailey batteur à la frappe lourde et robotique ira pour sa part fonder Mutiny sans l'adoubement du boss. Mais l'esprit P est dans la place sur Mutiny On The Mamaship (1979) et c'est bien là l'essentiel ( Clinton dira d'ailleurs de Mutiny On The Mamaship que c'est un album qu'il aurait aimé produire).
Ain't nothing like a p-funk party ‘cause a p-funk party don't stop !
© LARDOISE
Il est important de signaler une chose : depuis les débuts de Funkadelic , la scène est un élément principal du P-Funk, vaste terrain de jeu où la vingtaine (quand ce n'est pas la trentaine) de musiciens s'en donne à cœur joie se faisant tourner les instruments aussi facilement que les joints et délivrant des prestations fleuves dont le minimum syndical atteint les 3 heures. Le tout bombardé d'effets pyrotechniques, d'arrivée de soucoupe volante à 275.000 $, de voiture gonflable, de crâne géant, de costumes, lunettes et chapeaux que même Jean-Paul Gaultier n'aurait pas osé imaginer dans ses rêves les plus fous et, surtout, du son ! du son ! du son ! Sans aucun temps mort ! (« ain't nothing like a p-funk party ‘cause a p-funk party don't stop »). Les amplis fondent, les scènes s'affaissent, et les spectateurs se demandent si tout ceci est bien réel ou s'ils se sont fait refiler du matos d'une excellente qualité…Histoire de donner un aperçu de ce que pouvait être Funkadelic sur scène à ses débuts, délectons nous ensemble de cette anecdote qui nous est livrée par Clinton en personne : «… i[nous nous livrions à de tels excentricités sur scène que c'en devenait une attraction. Nous ressemblions à Halloween : c'était comme les vacances chaque fois que nous jouions... Je me souviens que la femme et les sœurs de Berry Gordy [ndr : le patron de Motown ] étaient venues au club Twenty Grand avec leurs visons. J'allais à leur table nu comme un ver, me versais du vin sur la tête et le laissais couler jusqu'à ma bite. ]i » Yeaaah !!!
Mais revenons à nos moutons… One nation under a groove
Traçant sa route (ou plutôt son autoroute) sans regarder dans les rétros en ne suivant qu'une seule ligne directrice, la sienne, la machine Parliafunkadelic fait se rencontrer de plein fouet le commercial et l'artistique en 1978 avec One Nation Under a groove. Succès total à tel point que la firme de jouets Mattel envisagera de commercialiser des poupées Dr Funkenstein, Bootsy, et Starchild. Pour des questions de droits le deal ne se fera pas mais le P. est dans la place ça ne fait aucun doute et Clinton toise désormais les autres groupes avec de plus en plus de hauteur tant ils peinent à le rattraper…Titres bétons, productions variées et léchées, l'album déçoit cependant les puristes et même les propres membres du groupe qui n'hésiteront pas à qualifier le morceau éponyme de « bubble gum »: sorti sous l'étendard Funkadelic , le disque n'est pourtant pas débridé comme ce qu'on pourrait en attendre et sonne plus comme du Parliament… Le Funkadelic psychédélique, bordélique, rock et explorateur a vécu. Place désormais à un P-Funk unifié où Tonton George détermine lui-même ce qui sortira sous le label de Funkadelic et ce qui sortira sous celui de Parliament. Parliament qui, justement, remet le couvert en 1979 avec Gloryhallastoopid, la créativité est nettement en déclin, un peu trop disco, un album dont on se passera aisément car cette année là c'est du côté de l'autre frère jumeau du P. qu'il faut lorgner : Uncle Jam Wants You ! Funkadelic fout les dance floor en l'air avec cet album prévu pour être un double mais finalement réduit au statut de simple sous la pression de Warner, et mène une guerre sans merci pour aller secourir le funk alors aux prises avec nombres de faussaires. Evidemment Clinton et sa clique sortiront encore une fois vainqueurs, était-il besoin de le préciser ?
Les choses se compliquent en 1980 avec le plus mauvais album de Parliament , Trombipulation. Après le cosmos et les abîmes marins, c'est au tour de l'Egypte et des pyramides. Ca sent la fin… L'ultime soubresaut viendra en 1981 et sera l'oeuvre de Funkadelic avec The Electric Spanking Of War Babies. Bien loin des délires originaux du groupe, il n'en reste pas moins une livraison avec de bons morceaux, loin d'un pénible dernier baroud d'honneur. Les 2 créatures du Dr Funkenstein ont vécues et les recettes semblent se répéter quand elles ne tournent pas à vide… A SUIVRE…(ou to be continued comme on dit quand on est américain…) En savoir plus :
LIENS
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Un documentaire retraçant l'épopée du P funk a été diffusé aux Etats Unis sur la chaîne PBS.
Le film comprend des interviews, des images d'archives mais aussi des images de synthèse recréeant l'univers cartoonesque des pochettes de disques. On attend vivement qu'une sortie en DVD soit d'actualité !! Tous les détails sur le film mais aussi enormément d'éléments biographiques sur http://www.pbs.org/independentlens/parliamentfunkadelic/index.html Vendredi 27 Janvier 2006
Samedi 08 Juillet 2006
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Rédigé par Muzul le Vendredi 27 Janvier 2006 modifié le Samedi 08 Juillet 2006
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