David Bowie : Young Americans (7 Mars 1975)

Samedi 14 Novembre 2009

On peut découvrir très tôt sa passion pour la musique, et se rendre compte de l’importance capitale qu’elle prendra toute sa vie.
S’apercevoir qu’elle produit sur vous un effet sans pareil et jubiler à l’idée d’être en osmose avec elle à 10 ans.
Age ou je voyais le live d’Alvin Lee côtoyer le « In Rock » de Deep Purple, des 45 de James Brown et de Shocking Blue, certain disques allaient et venaient, empruntés pour être parfois rendus.
Nous voyagions avec eux pendant les longues vacances d’été, leurs musiques s’imprimant innocemment en moi, devenant la bande sonore de ces souvenirs.

Parmi tous ces disques pour lesquels je garde une émotion très profonde, il en est deux de David Bowie, l’un est Young American.

C’est bien cela, j’avais 11 ans quand il est paru. J’ignorais à cet âge qu’un jour il me serait possible de trouver des mots pour le conter.
David Bowie : Young Americans (7 Mars 1975)

Avoir toujours été là où l’on ne l’attendait pas, et réussir dans ces diverses métamorphoses, ont fait de Bowie un artiste unique.
Alternant par cycles de quatre ans, fonctionnant par mimétisme, s’inspirant de nouveaux horizons pour se les approprier, s’inventant des personnages pour les faire disparaître ensuite.
Des prises de risque que personne dans le monde musical n’aura pris. Certains ont essayé, et s’y sont brulé les ailes.

Jouissant visiblement d’une crédibilité solide auprès de son label (RCA), il aura pu donner le jour à ses ambitions les plus folles, ramenant ainsi chacun de ses disques à une œuvre unique et savamment élaborée.

Il sait, à l’époque de ce disque, qu’il peut avoir confiance en ses idées, dans son impulsion.

Maintenant que ses œuvres ont été clairement acclamées, elles pourront et devront provenir d’influences aussi diverses qu'imprévues…

David Bowie recrute trois chœurs pour les besoins d’un show télé totalement innovateur les 18, 19 et 20 octobre 1973 :

- Un ami d’enfance : Warren Peace (de son vrai nom Geoffrey MacCormack), Jason Guess, et Ava Cherry, présentée à David Bowie par Brian Ferry de Roxy music.

A la suite de ce show, David Bowie décide de leur faire enregistrer un album dans la foulée en Novembre 73.
Mais l’album (Ava and the Astronettes) ne verra malheureusement le jour qu’en 1995 sur le label Golden Years.
Une légende prétend que DB ne voulant se consacrer qu’à son prochain album n’aurait pas pu s’y investir et aurait laissé tomber le projet.
Il n’en reste pas moins qu’Ava et David forma un couple à la scène comme à la ville jusqu’en 1979.


Le Diamond Dogs Tour

David Bowie : Young Americans (7 Mars 1975)
Sort donc l’album Diamonds Dogs le 24 Avril 1974 dont les enregistrements avaient démarré fin de l’hiver 73.
Album qui se voulait conceptuel autour du livre de George Orwell 1984.Un album ambitieux, comme les autres, mais malgré de bons titres, il ne remportera qu’un succès mitigé auprès du public qui ne semblait pas prêt pour cette nouvelle volte face.

Bowie décide d’enchainer immédiatement une tournée qu’il annoncera grandiose à la presse.

Il sera question de décors gigantesques, lui permettant de mettre en scène chacun des répertoires explorés depuis 10 ans. La presse est unanime : il n’ont jamais rien vu de pareil…

Le Diamond Dog tour se déroulera uniquement aux Etat Unis et comprendra 82 dates, l’amenant d’est en ouest… La première partie de la tournée s’achève le 20 Juillet 1974, après 35 dates dont 5 à Philadelphie et reprendra le 2 Septembre.

C’est pendant le break du mois d’Aout 74 qu’il décide de rappeler Carlos Alomar, guitariste très doué qu’il avait pressenti déjà pour l’accompagner en tournée, mais suite à d’obscurs problèmes liés à son manager de l’époque, Bowie devra laisser partir le guitariste en tournée avec Main Ingredient.

Bowie l’intégrera pour toute la seconde moitié de la tournée, non pas en remplaçant Earl Slick, mais en tenant une rythmique innovatrice dans les shows suivants, de Septembre à Décembre 1974.

Mais la parfaite combinaison que David Bowie était en train d’imaginer prend vraiment corps lorsque Carlos Alomar en vient à lui présenter un ami choriste : Luther Vandross

C’est en homme audacieux et fraternel que réagit là Carlos Alomar, car constatant son influence sur Bowie, il en profite pour lui recommander en fait l’un des membres d’un groupe dans lequel il a joué lui-même quelques années auparavant : Shade of Jade (à moins qu’il s’agisse de Listen My Brother)

Il lui en sera d’autant plus facile ensuite d’introduire le reste du groupe dont Robin Clark et Anthony Hinton. Seul un choriste du groupe, Fonzi Thorton n’apparaîtra pas.

David Bowie est immédiatement conquis par la voix de Luther Vandross alors âgé de 22 ans...

S’apercevant rapidement de toute l’étendue de son talent, il lui propose aussitôt de participer aux prochaines sessions de son futur album et de le suivre lui aussi, pour le restant de la tournée…

Bowie ne résistant pas à la tentation d’un virage soul, décide une orientation totalement nouvelle pour ses futurs shows auxquels tous les musiciens s’adaptent très facilement. Le jeune saxophoniste David Sanborn, présent depuis le début de la tournée, y trouvera ainsi un terrain nouveau pour exprimer toute son adresse.

Dès la première date de Septembre, il ajoutera à son show 6 choristes ; ayant rappelé Ava Cherry et dépêché une autre : Dianne Sumler. L’enrichissant donc d’une guitare rythmique et remplaçant le batteur par Greg Errico (ex Sly & the Family Stone ) qui sera lui également remplacé d’octobre à décembre par Dennis Davis (qui figurera plus tard entre autre sur 13 albums de Roy Ayers)


Il profitera également de cette mutation pour se débarrasser d’un décor devenu trop onéreux, et reviendra à plus de simplicité pour laisser une place plus grande à une nouvelle direction musicale.


Vidéo : David Bowie Young Americans Live Dick Cavett Show 1974

Une nouvelle chanson s’ajoute dès la première date de Septembre, "Young Americans", preuve que le titre a déjà probablement été mis sur bande en aout, immédiatement après les premières rencontres.
Bowie se donnera astucieusement ainsi les moyens de promouvoir son futur album en live.

Progressivement, les concerts permettent de roder un orchestre qui, le jour répète en studio pour le futur album et en interprète déjà quelques titres le soir.

Le Diamond Dogs Tour fera définitivement place au Soul / Philly Dog Tour.

Certains concerts démarrent parfois avec quelques titres instrumentaux aux noms éloquents :
"Funky music", "You keep me hanging on"…

En 47 dates depuis septembre David Bowie a pu maîtriser sont orientation et l’album est presque déjà terminé en novembre…
Lorsqu’en janvier 75, de passage à New York dans les studios Electric Lady, David Bowie a l’agréable surprise de rencontrer John Lennon.
Il l’invite aussitôt à participer à une jam qui réunira son groupe et enregistrera deux titres qui n’étaient pas prévus sur le futur album : une reprise de Lennon "Across the universe", et "Fame".

Le premier passera pour être le seul morceau que l’on dit « dispensable » de l’album, tandis que l’autre deviendra son premier numéro 1 dans les charts US. L’imprévu a une nouvelle fois œuvré dans sons sens…

"Fame" sera le tube de l’année 1975, écrit par Lennon, Bowie, et Alomar.

Ce titre fera couler de l’encre même après son succès planétaire, car il porte sa légende…

James Brown sort Hot en 1976, en pleine période disco. Dans l’album, le titre du même nom à d’étranges similitudes avec celui de Bowie.
S'en suit diverses polémiques concernant la paternité du morceau. Bowie semble ignorer la presse qui se fait l’écho de l’histoire.


Vidéo : James Brown - Hot (I Need To Be Loved, Loved, Loved, Loved)

Il n’en reste pas moins que Carlos Alomar a suivi James Brown lors d’une tournée en 1969.
On connaît la discipline de fer qui entourait ses shows : le guitariste sera congédié après huit mois de tournée pour s’être pointé plusieurs fois en retard. Connaissant ainsi un destin similaire à celui d’un certain bassiste, Bootsy Collins. Tout deux écartés, l’un pour quelques retards, l’autre pour avoir vu sa basse se transformer en serpent sur scène un soir.
Je m’amuse à songer à cette similitude : le bassiste connaîtra lui, une carrière légendaire que l’on connaît, tandis que l’autre suivra Bowie pendant trente ans, se faisant un nom qui lui permettra de jouer avec les plus grands.
L’occasion est trop belle pour saluer ici l’influence de James Brown sur ces deux musiciens qui sont allés à bonne école.

La quasi-totalité des musiciens et des choristes l’ayant suivi lors de la tournée sont réunis dans l’album qui sort le 7 Mars 1975.

Toute la partie enregistrée au Sigma Sound de Philadelphie est le reflet parfait de l’influence de la soul dans l’album, maitrisé par un artiste qui réussi un virage à 180°. On y sent un groupe totalement soudé derrière Bowie, comme s’ils en étaient à leur dixième album.

"Young Americans" d’abord, où Bowie dénonce à sa façon un mode de vie américain, une véritable réussite en introduction, un chant puissant et très à l’aise dans cette nouvelle formule.
"Win" au parfum délicieusement érotique, écoutez cette intro, ces violons, le saxo de David Sanborn en écho, ces chœurs : « That’s all ya gotta do…it ain’t over… » plus de 4 mn au tempo très lent qui s’en va dans un octave différent dans les dernière secondes…

"Fascination" plus rapide, très funky. Co- écrit par Bowie et Luther Vandross. Des guitares wha wha, des chœurs ensorcelants.

Une très très belle chanson, "Right" clôture la face B. On découvre un contrôle parfait des harmonies vocales, qui s’entendent mieux que tout autre sur cet album.

"Somebody Up There Likes Me" est dans la continuité des morceaux précédents en mid-tempo, très soul encore, chœurs parfaits sur plus de 6mn.

"Across The Universe" est un élément rapporté dont je ne ferai pas l’éloge…

"Can You Hear Me", dédié à Ava Cherry est pour moi l’un des titres les plus réussi, incontestablement le titre le plus personnel de cet album. La basse de Willie Weeks ronronne doucement, les violons accompagnent la guitare légère de Carlos Alomar. Très, très beau morceau.

"Fame", un titre disco-funk des plus dansant, aura donc fait le succès de cet album. Judicieusement enregistré à la hâte avec Lennon et Alomar à la guitare, il deviendra le tube que l’on sait. Chanson dédiée cette fois à son requin de manager de l’époque et patron du label Mainman.

Cet album m’est tellement personnel qu’il ne vient même pas à l’idée de dire de lui qu’il est indispensable

Il m’EST indispensable, indissociable de mon propre parcours, tout comme l’est un autre album du même artiste.

Il était important pour moi d’en narrer les étapes afin de mieux cerner la façon dont il a été écrit. Et j’ignorai qu’il en existait autant à l’âge où je l’ai découvert, c’était il y a très longtemps.

Je serre cet album si fort… Il est pour moi l’un des tout premiers albums à apparaître tel la bande sonore d’une vidéo super-huit de l’époque d’une famille encore réunie…
Je garderai indéfiniment le profond sentiment d’avoir tenue la caméra…

Michel G.
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