L'amour dure deux semaines

Miles Davis & Juliette Greco

Jeudi 20 Août 2009

1949. Paris bouillonne. Quatre ans que ça dure. On en finit plus de célébrer la victoire. Un vent frais balaye les artères de la ville et sa jeunesse a sorti les voiles. Il faut rire, il faut boire et danser, tourner ses pieds en cadence sur le passé et ses fantômes. Une époque est morte. Mais eux sont restés. Dans son tombeau, en guise de fleurs, ils y ont jeté ses codes, ses principes et ses ambitions. L'heure n'est pas à la mémoire. Encore moins à demain. Seul l'instant compte dans des coeurs meurtris. Puisqu'il faut reconstruire, alors laissez les faire...

Les cafés ne désemplissent plus. Les discussions durent des heures. La philosophie la plus prophétique côtoie les vannes les plus salaces. Les femmes ont pris des allures de papiers glacés. Dans les caves de Saint Germain il y a du jazz à tous les étages. Ce soir là Miles Davis comprend à peine où il est tombé. Le décalage est immense. Des gars lui avaient parlé de Paname mais c'est encore mieux que tout ce qu'il imaginait. Ici, les gens l'adorent. Sans même avoir sorti la trompette de son étui. Soudain le patron l'agrippe par le bras. Il lâche son verre et se laise traîner au centre de la piste. Les danseurs s'écartent. L'orchestre se tait. Miles se fait porter son instrument et entame "Embraceable you". Un frisson parcourt l'assemblée. La musique sonne comme une évidence. Comme si cet homme était né avec elle et qu'il était venu le rappeler à tous. A ses pieds une jeune fille l'observe plus qu'elle n'écoute. Pourtant elle fredonne la mélodie. Hier, elle était déjà Salle Pleyel pour assister au récital. Elle s'oblige à fermer les yeux pour ne pas se laisser déstabiliser. Sinon elle serait capable de lui sauter dessus. Demain peut être...Car la maline s'est débrouillée pour être invitée au dîner donné en l'honneur du musicien.

Le repas n'est pas terminé. Les bouteilles continuent à se vider. Mais en bas de l'immeuble, Miles et Juliette ont déjà pris rendez-vous. Sans un mot. Il ne parle pas français et elle balbutie l'anglais. Alors ils s'embrassent. Longuement. Miles passe ses grandes mains sur son visage. Elle se laisse faire. Leurs yeux réclament plus. Nonchalamment, il lui glisse la carte de l'hôtel dans la poche son manteau noir. Elle sourit et repose ses lèvres. Ça veut dire oui. Et la belle disparaît dans un taxi plein de promesses.

Après avoir regagné sa chambre au petit matin, Miles n'est plus fatigué. Il fait couler un bain et s'installe. Trompette au bec. C'est à ce moment que Juliette arrive. Elle n'en pouvait plus d'attendre. Lorsqu'elle pénètre dans la suite, une merveilleuse musique raisonne depuis la salle de bain. Elle laisse sa robe glisser sur le sol et s'avance. Appuyée conte l'embrasure de la porte, elle l'observe. Ses yeux ont repris la même expression que l'autre soir. Miles ne s'interrompt pas.
Il joue pour elle désormais et c'est sa première façon d'aimer.

L'amour dure deux semaines

Durant deux semaines, ils vont être inséparables. Tous ceux qui les ont croisé n'en reviennent pas. Ces deux là sont fait pour s'entendre. Sans se parler, ils parviennent à se comprendre jusque dans la moindre intention. Elle le dorlote, l'accompagne jours et nuits. Il se laisse faire avec bonheur. Jamais on ne s'était occupé de lui avec autant de bienveillance. Surtout une blanche. Alors il s'en veut. Mais pourquoi est-il tombé amoureux d'une blanche? Bientôt il va falloir rentrer aux États-Unis. Et il sait déjà qu'il ne pourra pas l'emmener. Soudain, il se souvient de ce gérant qui avait refusé de leur louer une chambre. Miles avait l'habitude et commençait à s'éloigner. Juliette avait préféré cracher au visage du mec en hurlant de toutes ses forces. Quel courage cette fille. Miles en était incapable. Quand Sartre lui demanda pourquoi il n'épouserait pas Juliette, sa réponse fut limpide: "iB[ecause I love her too much to make her unhapp]iy"

Puis les années ont passé. Chacun a fait sa vie. Mais les souvenirs s'agitent encore. Sans se revoir ou presque, ils garderont la trace indélébile de ce printemps parisien qui abritait la magie de leur vingt ans. Parfois, lors de tournée européennes, Juliette trouvait des mots laissés à la réception par Miles. Sur le dernier il y avait inscrit "J'étais là mais tu n'y étais pas".
Dieu sait qu'elle aurait voulu...

Bozar

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