Doo be doo Roy Roy Roy

Lundi 4 Octobre 2010

A l'occasion de son concert au Glazart, à Paris le 6 août dernier, Wegofunk a tendu le micro à Roy Ayers . Du jazz au funk à l'acid jazz, la nusoul en passant par la house et le hip hop le chanteur-vibraphoniste transcende les genres et les générations. Interview d'un stakhanoviste de la scène « groove » doublé d'un jeune et facétieux septuagénaire..


Doo be doo Roy Roy Roy
Wegofunk: Quoi de neuf Roy ?

Roy Ayers: Je viens de finir l'album intitulé « For sentimental reasons » avec la charmante Dee Dee Bridgewater( ils ont déjà travaillé ensemble sur la BO de Coffy ndlr)-qui a longtemps vécu en France et réside à présent à Las Vegas. Elle est fantastique sur la chanson-titre. J'ai aussi collaboré avec une talentueuse jeune chanteuse: Monica Blair et une jeune compositrice: Paulette Walker dont le travail évoque l'Amérique d'Obama. Je pense qu'il essaie de faire du bon boulot. L'album sort en septembre...

W: Quel genre d'album est-ce ? Plutôt smooth jazz ?

RA: Je dirai que c'est du « mellow groove » (Il se met à sussurer « I love you for sentimental reasons ») Je reprend du Elton John ainsi que certaines de mes compositions originales comme « Everybody loves the sunshine » ou « No question »...


W: Faisons un bond dans le temps. Sur vos premiers pas dans le jazz, la légende raconte que Lionel Hampton vous avez donné vos premiers maillets de vibraphoniste alors que vous n'aviez que cinq ans. C'est vrai cette histoire ?

RA: Oui je ne jouais pas encore de vibraphone à l'époque. J'étais trop jeune et surtout je n'avais pas de vibraphone mais ce geste m'a inspiré. Ma mère passait la musique de Hampton à la maison. J'adorais cela. Après le lycée mes parents m'ont acheté mon premier vibraphone et je ne me suis pas arrêté depuis... Mais le déclic initial vient de Lionel Hampton. Comme s'il m'avait transmis « the spirit of vibes ».

W: Par la suite vous avez joué avec tous ces extraordinaires musiciens de jazz: les pianistes Hampton Hawes, Phineas Newborn Jr, le saxophoniste Teddy Edwards, le flûtiste Herbie Mann.. Comment avez vous été amené à travailler avec tous ces gens ?

RA: J'ai eu beaucoup de chance. J'étais très jeune et j'apprenais très vite. Assez tôt j'ai su improviser. C'est comme ça que je me suis fait repérer et accepter dans le big band de Gerald Wilson qui comportait 18 musiciens. J'ai également travaillé au sein du quartet de jazz du pianiste Jack Wilson (pas de lien de parenté avec Gerald ndlr), Hawes et Newborn JR vous l'avez dit mais aussi avec le sextet de Curtis Amy. Pendant un mois et demi j'ai aussi rejoins Chico Hamilton avec lequel je suis allé à New York... tous ces gens étaient en pointe dans la scène « west coast » de l'époque. Et puis j'ai fais la rencontre avec Herbie Mann. J'ai fais partie de son groupe pendant quatre ans. On est partis ensemble au Japon. ( Roy reconnaît avec un sourire la pochette vinyle de « Memphis underground », disque majeur d'Herbie Mann featuring Roy Ayers-1969, Atlantic-que nous lui tendons, ndlr)

Herbie Mann: Memphis underground, "Hold on 'I'm comin


Travailler avec tous ces jazzmen m'a donné l'assise et la capacité de devenir un bon instrumentaliste aussi à l'aise ans le jazz pur que dans des musiques plus commerciales, orientées pop ou smooth jazz. J'étais donc donc très bon avec les vibes et je pense que je suis toujours très bon là dedans!

W: Votre premier album « West coast vibes, Mighty quinn 1963, était très jazz. Et puis au fur et à mesure, avec « Stoned soul picnic » notamment, votre son est devenu plus funky, plus disco. Comment se fait la transition du jazz vers le funk, vers une musique plus dansante, qui va culminer avec le Roy Ayers ubiquity en 1970?

RA: Vous savez, Herbie Mann faisait des commercial songs comme « Comin' home baby » Vous vous rappelez de celle là (Il scatte: « Two two Two too tee too ba yo dap »



Herbie Mann at the Village Gate 1961: Comin' on baby


Cela m'a fait réaliser l'importance d'avoir des chansons commerciales. J'ai quitté Herbie pour Polygram records et je n'avais pas encore de véritable« hits » à mon actif avant l'album « Red black and green » en 1973. Cela m'a ouvert un nouveau public. Par exemple mon plus grand sucès « Everybody loves the sunshine » a vendu à 40000 exemplaires à sa sortie et ça n'a fait qu'augmenter par la suite...

Quant au nom « Ubiquity », l'ubiquité ça veut dire être partout à la fois. Et c'est ce qu'on essayait de faire avec ce groupe. Créer des hits, que notre musique soit jouée sur les pistes de danse, dans les clubs... (Il fredonne l'intro de « Running away hit samplé par A tribe called quest: Doo be doo run run)

W: En 1973, vous avez travaillé sur la musique d'un classique des films Blaxploitation. Coffy de Jack Hill, avec Pam Grier. Comment avez vous intégré ce projet?

RA: Le président de Polygram m'a appelé et m'a dit « Roy tu peux faire un soundtrack et j'ai dis oui! C'était excitant, je n'en avais jamais fait avant. Le label m'a fait travailler dans un studio en Californie où j'ai appris à me servir du moviola (machine pour faire tourner les images au ralenti ndlr) J'ai fais ma musique en essayant de coller aux scènes. C'était très expérimental, assez jazz, et ça a bien fonctionné. A tel point que quand Pam Grier a fait le film « Jackie Brown » en 1998, Quentin Tarentino a repris des extraits du soundtrack de « Coffy »...

W: Trois ans après Coffy vous enregistrez « Everybody loves the sunshine », l'album et ce tube absolu samplé jusqu'à la corde. D'où vous est venu l'inspiration pour ce hit?

RA: Je me suis rappelé de mon adolescence en Californie, quand j'avais 14 ans et que je sentais les reflets du soleil m' éblouir. Donc en 76 avant d' enregistrer en studio je sentais ces mêmes reflets et je me suis mis à chanter: «My life my life, my life.» Et c'est devenu mon plus gros succès. Encore aujourd'hui, pendant mes concerts les gens reprennent les paroles...

W: En 1979 vous vous rendez à Lagos, au Nigéria, pour rencontrer et enregistrer avec une autre légende: le roi de l'afrobeat Fela Kuti. C'est lui qui vous as invité?

Pas exactement. Un ami m'avait parlé de Fela. Je le connaissais de nom mais je ne savais pas grand chose de sa musique. Donc cet ami m'a dit: « Viens, allons rencontrer Fela. » Je suis allé le voir en juillet 1979. Je me souviens qu'il était très fatigué à ce moment mais il y avait de bonnes vibes entre nous. On a fait une tournée ensemble. Je suis resté sept semaines au Nigéria et ça a été une des plus grandes expériences de ma vie. Grâce à lui, j'ai appris énormément à propos de l'Afrique, des choses dont je n'avais pas la moindre idée...

Fela Kuti et Roy Ayers: « 2000 blacks got to be free »:

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W: Et puis dans les années 90 vous êtes devenu une icône pour les producteurs de house (Masters at work) ou de hip hop (The Roots). D'ailleurs vous êtes un des artistes les plus samplés au monde.

RA: C'est vrai que le monde du hip hop a beaucoup puisé dans ma musique soit pour des samples comme 50 cent, Will Smith Mary J Blige, Brand Nubian, ou pour me demander d'apparaître en musicien additionnel sur leurs enregistrements C'était le cas du gars qui vient de déceder Guru: pour Jazzmatazz et récemment j'ai fais un truc en studio avec un type. C'est quoi son nom déjà? -Q-Tip lui souffle son manager et choriste John Pressley..


W: Pour finir, Roy, quel est votre sentiment sur l'évolution du marché du disque aux Etats-Unis?

L'industrie a beaucoup changé. Maintenant chacun à son propre label. Même les boutiques spécialisées comme Tower records sont en train de fermer. Et pour récupérer mon nouvel album vous êtes obligé d'aller sur mon site (www.royayers.net)
Les compagnies de disque ont arrêté de produire un grand nombre d'artistes surtout en jazz. Et je ne m'appelle pas Beyoncé...




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