Interview - Akalé Wubé (Ethio-Jazz made in France) 29.06.10

Mardi 14 Septembre 2010

Remis sur les platines par le biais de la BO de Broken Flowers, tiré par la locomotive Mulatu Astatké, l’Ethio-Jazz s’est refait une place de choix dans les oreilles des amateurs de grooves captivants et dans les collections de disques dignes de ce nom au point de susciter de nouvelles vocations chez des musiciens avides de reproduire quelques ambiances Ethiopiennes sur galette comme sur scène. Si l’on prend 2 minutes pour repenser à ces groupes de reggae blanc calibrés pour les campings, l’idée de français se prenant pour des familiers du Danakil aurait de quoi faire ricaner. Avant de devenir plus cruel. Sauf qu’Akalé Wubé, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, loin de la copie fadasse, vient de livrer avec son 1er album éponyme un disque envoûtant et pour tout dire extrêmement réussi.
Deux coups de fils, un ticket de métro plus tard et on se retrouve à la terrasse d’un café Parisien avec Etienne, saxo-clavier et pour le coup porte-parole du reste du groupe. Beaucoup moins cher qu’un aller-retour Addis-Abeba donc.


Interview - Akalé Wubé (Ethio-Jazz made in France) 29.06.10
Comment des Français se retrouvent envoutés par l’Ethio-jazz à ce point ?
En écoutant la série Ethiopiques qui est une série commencée il y a 20 ans et qui depuis a fait son chemin dans le monde entier. Avant que des « stars », des Tom Waits, des Jarmush ne disent que c’est fantastique, ça a pris des années ! Cette série a fait connaitre tous ces artistes dans le monde entier et quand c’est arrivé jusqu’à nous, on s’est mis à en écouter comme on écoutait auparavant du Fela, de l’Afro-Beat, et toutes ces musiques qui sont un mélange de musiques funky et de musiques plus traditionnelles. Ethiopiques a bien montré qu’il n’y a pas une musique Ethiopienne mais des musiques d’Ethiopie avec des choses très différentes comme par exemple le traditionnel qu’on joue dans les campagnes. Nous ce qu’on joue c’est de la musique moderne Ethiopienne des années 70 et c’est quand même très métissé de jazz, de funk, de rock, etc…Cette série va finalement à l’encontre de tous les clichés sur la world music qui en plus est un truc qu’on déteste !

Oui, mais de là à faire un groupe !
Au départ on vient tous du jazz même si on a tous finalement collaboré à des projets un peu groovy : David a un groupe de funk, moi j’ai joué dans un groupe de reggae, Loïc le guitariste a joué des trucs plus électro, Paulo le trompettiste s’intéresse beaucoup aux musiques du Brésil et donc il a monté des projets de mélange de funk et de musiques du nordeste et de percussions du Brésil. Mais, avant de commencer le groupe, on ne se connaissait pas tous ! Moi je jouais avec David le batteur, qui lui jouait avec un bassiste de son côté etc, et de là ça a fait des connexions entre nous tous. On a vraiment fait ce groupe pour jouer ces musiques modernes d’Ethiopie : les instrumentaux, les standards de Mulatu, tous ces trucs un peu funky en fait. Mais quand on a commencé, on était que 2 à en écouter régulièrement, les 3 autres ne connaissaient pas du tout. On est vraiment donc parti de zéro Paulo (trompette) et moi et ça a été assez long avant d’avoir le déclic et de se dire « pourquoi on n’essaierait pas d’en jouer ? ». De là, on s’est rendu compte que tout venait assez naturellement, bien plus que si on avait décidé de jouer de la musique classique indienne par exemple !


Et quel accueil vous recevez généralement ?
Pour le moment on est assez bien reçu, même si c’est arrivé une fois ou deux que des gens viennent à nos concerts et nous disent « Ah mais on croyait que vous étiez Ethiopiens ! » mais plus dans le sens de la surprise que d’un éventuel problème. Pour ce qui est des Ethiopiens qu’on a pu rencontrer, ils ont toujours été très contents de voir des Français jouer cette musique. Je crois que c’est une musique qui comme le reggae ou la salsa par exemple va être amenée à se répandre encore ce qui fait qu’à un moment on ne sera plus étonné de voir des Slovaques ou des Japonais en jouer au même titre qu’on voit des Japonais jouer du Funk.

Interview - Akalé Wubé (Ethio-Jazz made in France) 29.06.10
Votre album est bourré de « codes » pour ceux qui connaissent un peu le genre : votre nom vient d’un titre du saxophoniste Gétatchèw Mèkurya, la pochette reprend celle d’un album d’Hirut Bekele. Même au niveau des couleurs et des typo, c’est plein de clins d’œil !
Ouais bien vu ! La plupart de notre répertoire n’est pas fait de compositions mais d’adaptations donc on est toujours dans la référence comme sur notre pochette qui est effectivement un clin d’œil à une pochette qui existait déjà.
On essaie toujours de jouer « naturellement » et, étant des musiciens français de 2010, c’est sur qu’on ne va pas jouer comme musiciens Ethiopiens. Le décalage se fait déjà là mais souvent plus que de faire un boulot de composition, on essaie de faire un boulot d’arrangement ou d’adaptation. Sur l’album on a un ou deux morceaux qui sont plus proches des reprises littérales parce qu’on avait envie de les jouer comme ça et puis d’autres qu’on a complètement explosé en changeant les rythmiques, les harmonies et qui au final ne sont quasiment plus reconnaissables. C’est assez ludique de prendre un morceau et de voir où on peut l’emmener.

Jusque sur scène par exemple…
En live on a un répertoire au moins deux fois plus conséquent que l’album qui fait qu’on peut jouer 3 h ou 3 h 30 sans se répéter, donc on fait des morceaux qui ne sont pas sur l’album et en plus on n’arrête pas d’en faire des nouveaux ! Normalement au mois d’aout on devrait enregistrer 8 nouveaux morceaux sans trop savoir ce qu’on va en faire mais on est dans une super dynamique et en plus on est de morfals, des affamés ! On a mis le nez dedans à travers Mulatu Astatké mais aussi les grands chanteurs comme Mahmoud Ahmed et là on se régale en cherchant plus loin dans les choses plus traditionnelles, des instruments, des rythmes, des choses comme ça. Là on est au point de se dire qu’on pourrait faire 30 disques en passant notre vie à bosser là-dessus ! C’est très excitant…

Et le voyage en Ethiopie c’est pour quand dans tout ça ?
C’est la prochaine étape pour nous et ça devrait normalement se faire cet hiver. Je ne t’en dis pas plus parce que d’ici là tout peut encore changer mais ça devient réellement urgent qu’on y aille. On veut faire des concerts mais aussi travailler avec des musiciens Ethiopiens sachant que le paradoxe est que la musique qu’on joue, et que d’autres groupes jouent également en Europe, n’est pratiquement plus jouée en Ethiopie ! Faut savoir qu’à partir de 1975 ils ont eu 20 ans d’une dictature terrible qui a tout tué artistiquement et créativement, il y a eu une sorte de glaciation qui a fait que cette musique magnifique s’est arrêtée du jour au lendemain pour des raisons politiques. Quand la situation s’est un peu dégelée, on n’a pas renoué les liens et peut-être que certains la considèrent comme datée ou désuète. Aujourd’hui c’est plus des groupes Européens ou Américains qui la jouent, c’est pour ça que Mulatu ou Mahmoud, quand ils viennent en Europe tournent avec des groupes anglais ou français.

Je trouve que l’album tient bien la route au niveau de la « crédibilité » mais aussi en ce qui concerne le son…
On l’a enregistré avec un principe qui nous est cher à savoir tous dans une même pièce. Aujourd’hui on enregistre plutôt chacun dans une pièce à jouer au casque, c’est très dur et ça demande en plus beaucoup d’expérience. Nous on se met dans une grande pièce qui sonne bien, on pose des micros et on joue comme un concert, tout est enregistré en live et en même temps. Bon, on a quand même ajouté des choses ensuite, moi par exemple je joue des claviers et du sax donc les claviers on les a fait après. Pareil pour des petites percus mais sinon toute la base de tous les titres c’est nous 5 en live. Je trouve malgré tout que sur ce disque on a eu tendance à faire des morceaux un peu trop longs, il manque 2 ou 3 morceaux vraiment courts et hyper efficaces qui pourraient marcher en radio.

Comme beaucoup d’autres groupes « Afro » vous avez fait une cover de Musicawi Silt, le classique de Wallias Band, c’est un peu le Serment d’Allégeance ce titre !
C’est un très beau morceau, un peu fédérateur comme certains morceaux de Fela. On ne l’a pas mis sur le disque parce que les versions qu’on en avait étaient trop littérales mais avec le live on a développé des arrangements qui font qu’on se l’approprie avec tout une polyrythmie de percussions et où on finit tous à jouer sur des petites cloches. On le mettra sans doute sur un EP ou sur le prochain album, c’est un standard de chez standard et en plus un réel plaisir à jouer.

Muzul _
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