Interview - Trio Mocotò

Lundi 17 Avril 2006

C'est au studio 104 de la maison de la radio que le rendez-vous a été pris avec le TRIO MOCOTÒ, ce soir là invités au " Pont des Artistes " sur France Inter. Le Trio Mocotò, ce sont trois lascars à l'origine du samba rock. En effet, João Parahyba, Fritz et Nereu ont été les percussionnistes de Jorge Ben et ont participé à tous ses plus grands succès comme " Pais Tropical " mais aussi " Comanche " et bien d'autres. Ensemble ils font du samba rock, une samba qui n'est pas vraiment une samba, la frappe est influencée par le funk de James Brown. Ils sortiront trois albums solos et avorteront leur carrière en 1975 avec un album sorti en Europe mais pas au Brésil. Vingt-quatre ans plus tard ils nous reviennent avec encore plus d'énergie et de groove ainsi qu'un nouvel album " Samba rock ".

Propos recueillis et traduit du brésilien par Nathalie Soares


Votre dernier album est sorti en 1975 que s'est-il passé pour vous pendant ces 24 années ?

Joao Parahyba : Moi j'ai arrêté de jouer et je suis parti travailler dans les entreprises de ma famille qui avait des usines de choses diverses et des cheptels de vaches. Fritz est devenu pianiste, parce qu'à cette époque le percussionniste n'était rien, c'était la dernière des choses. Le premier est le pianiste le deuxième le guitariste, le troisième le bassiste etc...
Alors Fritz s'est dit si je n'ai pas de valeur avec ma Cuica, je vais apprendre le piano et je vais jouer du piano.

Fritz : Oui, c'est vrai je vais te raconter. Le pianiste que nous connaissons était un maître issu d'une famille de musiciens, prestigieuse au Brésil. Un jour il nous a avoué qu'il avait honte d'être accompagné par des percussionnistes car il estimait que son art méritait mieux. Ça m'a foutu la rage, alors je suis dis avec son piano je ne peux rien jouer mais je vais apprendre et je lui ai dit :
" Un jour on verra si tu seras capable de jouer de la Cuica comme moi je jouerai du piano ." Ce même jour il y avait Dizzy Gillepsie et Charles Mingus qui passait dans le club où l'on se produisait avec ce pianiste. On lui a dit " vas y joues, toi qui est un maître improvise un peu de jazz pour eux ". Il a refusé mais nous on a accepté et après l'impro, Dizzy nous a demandé s'il pouvait taper, João lui a dit oui d'un air sceptique et amusé. Dizzy a saisit la percussion de João... Il n'a rien joué mais il faisait comme si, en chantant et riant...
Il pouvait être le roi du jazz mais avec l'instrument de Joao il n'était rien. Il nous a même demander la permission d'en jouer.

João : Ce qu'il s'est passé c'est que Fritz a étudié le piano et a commencé à chanter des musiques américaines, françaises, italiennes dans un restaurant Suisse...

Fritz : Je peux aussi chanter du fado...

João : Ah! Oui du Fado. Le fado c'est le feu, le feu de l'âme... Il faut bander pour chanter ça.


Quoi ???

João : Oui! Oui! Bander ! Amalia Rodrigues, elle-même, confessait qu'elle finissait par mouiller quand elle chantait le fado.

afrodeeeth : Mais comment voulez vous que je traduise une chose pareille ?!

Fritz : L'envie, une grande envie

Ok c'est les deux. Poursuivons !

Joao : Nereu est devenu producteur de groupes de samba à São Paulo, de la musique de qualité pour les night club et ça pendant 28 ans.

Donc ensuite que s'est-il passé ?

Interview - Trio Mocotò
João : En 1994, notre dernier disque de 1975 avec "Que nega é essa " et "Nao adianta " a été amené au brésil par quelqu'un . Il a commencé à être joué et à faire un tabac 18 ans après son enregistrement. Les gens commencent à se demander si le Trio Mocotò existait encore et s'ils allaient revenir. En même temps je suis revenu à la musique avec un Yougoslave installé au Brésil : Suba .
Suba a produit l'album de Bebel Gilberto. Ce mec a été mon partenaire musical et nous nous sommes mis à la musique électronique. On a fait son disque, mon disque et celui de Bebel. Toute la partie rythmique de l'album de Bebel c'est moi. Le producteur de Suba est un Brésilien installé à New York, il s'appelle Béco Dranoff . Un jour Béco me dit j'adore le samba rock de Jorge Ben et du Trio nommé Mocotò. Je lui dis " Ah ! Non pas Trio Mocotò, Trio Mocotò c'est moi, vous n'avez pas lu les crédits de l'album de Jorge Ben, il y a João Parahyba. Le " i[Comanche " c'est moi"
" Non ce n'est pas possible ! Mais ils existent ! "
Je lui ai répondu que l'on était tous vivants et que l'on jouait encore. C'est là qu'il m'a demandé s'il était possible d'enregistrer à nouveau. Je lui ai dit sans hésiter " oui, on peut ! " C'est alors qu'il a pris la décision d'en parler avec Crammed Discs pour qu'il nous trouve une boite de production au Brésil. Ensuite Béco a découvert que Dj mac , Dj Patif , Amontovem , 7 boys link qui sont les grands Dj brésiliens connaissaient le Trio Mocotò et que tout le monde nous samplaient.
Ce qu'ils recherchent c'est le groove. Les musiques modernes utilisent les grooves des années 70.
Du groove pour les "rave", pour danser. Les Dj adorent Trio Mocotò .
Béco Dranoff nous a rapidement annoncé que Crammed était intéressé et qu'ils étaient prêt à payer pour que l'on puisse enregistrer à nouveau. Nous sommes entrés en contact avec Mario Coltado et il nous a conseillés d'enregistrer " Vintage".
C'est à dire entrer en studio et enregistrer en live. Mais nous avons toujours enregistré en live, avec Jorge Ben , " Força Bruta " a été enregistré en une nuit, alors il n'y avait rien d'extraordinaire là dedans.


Incroyable !

João : Oui, c'est le retour du Jedi.

Cet album est-il le premier d'une grande série ?

Interview - Trio Mocotò
Joao : Oui, celui-ci est un premier pas, cela a été une grande surprise pour nous tous, les jeunes de 15-25 ans nous adorent au Brésil, et nous avons découvert qu'ici en Europe aussi.
Les critiques du monde entier disent du bien de nous. Pourquoi? Parce que le groupe apporte de la joie et de l'énergie. Nous combattons la violence, le racisme et la guerre avec la joie de vivre. Nous ne sommes pas des "Black Rio" ( Ndlr: La samba rock qu'ils ont créée avec Jorge Ben est associée à la révolution culturelle 70's nommée Black Rio) nous sommes des "Black Brazil" ce n'est pas politique, c'est un mouvement de joie et d'énergie.
Nous avons fait une samba avec l'âme noire brésilienne. L'âme brésilienne est joyeuse et pleine d'espérance, donc c'est aussi une force. Elle est dans la même ligne que le funk mais un funk brésilien. Ce n'est pas de la musique Soul américaine, où le noir est tristesse, chez nous la Soul c'est la joie du noir. Nous représentons au Brésil un métissage où toutes les religions, les races cohabitent dans une énergie commune : la joie.
D'ailleurs le trio c'est un blanc (Joao), un noir (Nereu) et un métisse (Fritz)



Dans l'album vous avez un titre qui s'appelle

João : Non, mais le "Candomblé" tout le monde y croit au Brésil. C'est Fritz qui a composé cette chanson.

Fritz : Oui en effet, ça faisait longtemps que j'avais cette composition mais je n'avais pas trouvé de paroles. Je voulais vraiment dire quelque chose d'important mais je ne savais pas quoi au moment où je l'avais composée. Ce que j'ai écrit par la suite dans cette chanson est tout à fait vrai, je ne suis pas fanatique, mais ma foi est grande et je veux qu'elle soit respectée.


Je vous écoute...

Fritz : Ok je te raconte. Je suis parti à une fête de "candomblé" en 1999 j'étais sur la Catarera dans un endroit très haut qu'il y là bas avec un guide spirituel. Il y avait un soleil merveilleux puis subitement le temps changea en une pluie diluvienne. Mon guide est resté très surpris et n'a pas arrêté de parler et moi j'ai continué à demander tout ce que j'avais à demander pour le passage vers l'an 2000 et le changement de siècle.
Deux ans plus tard je reviens sur le même lieu avec cette même personne et une de mes amies. Le guide dès son arrivée s'est mis à parler puis il dessina un cercle sur le sol. La pluie est revenue mais seulement sur ce cercle, et trois minutes plus tard tout était sec. Comment expliquez-vous ça?

C'est l'orixa qui s'est manifestée?

Fritz : Oui c'est ça. C'est pourquoi j'ai écris " la pluie tombe, je suis content " cette pluie forte tombe devant moi pour me confirmer que ce que j'ai demandé deux ans auparavant a été entendu. C'est une musique pour les "orixas".
Joao : Avant que l'on ne bascule vers l'an 2000, personne au Brésil, qui se dit être un pays afro-brésilien a fait une musique en hommage au changement de siècle dans la langue et la religion du Brésil qui le "candomblé". Le titre "Orixas" dit exactement ça. Nous demandons beaucoup d'amour et de joie, plein d'argent pour le monde en espérant qu'il deviendra meilleur.


Il y a aussi de la magie dans le fait qu'un groupe qui n'a pas joué depuis 24 ans puisse d'une façon aussi remarquable revenir sur le devant de la scène avec l'aisance d'antan. Comment se fait-il que vous soyez connectés de la sorte?

b[Joãob : Parce que nous croyons aux même choses et à cette force qui lutte pour le bien du monde. Notre position politique, culturelle et religieuse représente le Brésil. Notre Pays représente l'espérance. L'espoir pour un monde ou les musulmans, les juifs, les catholiques, les blancs, les noirs, les sémites et les métisses ont leur place. Il est normal que nous soyons tous différents et la différence, au brésil est interprétée comme une jolie chose.


Oh! Mais on pourrait croire vous êtes des mages modernes?

Interview - Trio Mocotò
João : Mais oui! Il y a un blanc, un noir et un métisse je crois bien que nous sommes au complet pour une comparaison avec les 3 Rois Mages...
Nous essayons de dire vrai, sans trahir la cause de notre cœur, de toute façon les choses parlent d'elles-mêmes..
Fritz : Notre retour s'est fait comme par enchantement. Nous ne sommes pas de ces groupes qui reviennent 20 ans après parce qu'il y a une nouvelle vague à prendre alors qu'ils ne savent plus jouer ensemble parce qu'ils ont perdu la flamme et à qui il ne reste la que prétention. Nous n'avons pas joué ensemble pendant 20 ans et le jour où cette force nous a réunis nous étions prêts. La musique est venue à nous de la même façon qu'il y a trente ans, quand nous nous sommes rencontrés avec Jorge Ben


C'est formidable, effectivement vous donnez de l'espoir...

Interview - Trio Mocotò
João : Il y a un guitariste américain, Robert Flipps qui dit "la musique est dans l'univers et elle choisit celui qui le plus ouvert pour la reçevoir. Si tu as du respect pour la musique elle viendra à toi."
Fritz : Oui, parce qu'aujourd'hui il y a des gens qui trichent, faisant semblant de jouer. Ils s'en foutent des mélodies et des paroles, c'est l'argent qui motive leurs créations. Les groupes de Samba au Brésil par exemple ne jouent rien, c'est très faible. La dernière fois que l'on a été à Bahia, João a pris un tambour et les percussionnistes du groupe sont restés époustouflés. Pourquoi ? Parce que João joue depuis toujours très sérieusement, Nereu avec son tambourin qui n'a l'air de rien en a la maîtrise parfaite et peut sortir le son qu'il veut, quand il veut, aussi longtemps qu'il le faut, voilà tout. La musique reste quelque chose de spirituel qui ne peut se faire, sans être réellement concerné.


Sur votre disque vous avez invité Luis do Monte (Guitares), Gilberto

João : A partir de demain, les scènes se feront avec tous les musiciens, nous serons 6 sur scène.

Comment avez vous choisi ces musiciens qui ont participé à l'album?

João : Ce sont des musiciens qui avaient déjà travaillé avec nous et notamment avec moi. Ces musiciens sont remarquables, ils jouent avec Gilberto Gil, Djavan ou encore Caetano Veloso nous faisons appel au trompettiste et au saxophoniste de Jorge Ben . Le jour du lancement du disque du trio ce même trompettiste à commencer à chanter une de nos plus ancienne chanson et les autres musiciens beaucoup plus jeunes connaissaient nos chansons ce qui veut dire que plusieurs générations de musiciens aiment notre musique, ça fait du bien, il y a une véritable synergie.

Une dernière chose, comment avez-vous réussi à tenir le groove aussi bon et aussi fort ?

Le groove que nous avions était déjà bon, nous avons créé le samba rock, c'était le meilleur. Et puis maintenant il y a l'expérience donc plus de maturité, et une expérience de vie positive. C'est la force positive qui t'aide à tenir face à l'adversité de la vie et puis quand nous nous retrouvons les musiciens cela nous anime d'une grande joie, une grande énergie qu'il est nécessaire d'avoir quand on veut donner du rythme. C'est tout cet ensemble de chose qui donne un groove solide quelque chose qui accroche les gens.


Leur site : www.uol.com.br/triomocoto/hotsite/

Discographie : www.uol.com.br/triomocoto/disco.htm

Label : www.ziriguiboom.com (Les photos proviennent de ce site)

La chronique de leur deuxième album

Nathalie Afrodeeeth

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