James Brown - Hell

Polydor - 1974

Jeudi 28 Décembre 2006

James a régné, James a été le Parrain incontesté et incontestable mais désormais le business se morcèle : les sonorités plus mélodiques empiètent sur le funk roots et quelques petits caïds locaux se prennent des velléités d’étendre leur territoire. Jusqu’à présent le Godfather avait abattu froidement tous les impudents venus lui chercher des noises et avait tué dans l’œuf toute tentative de sédition à l’intérieur même de son Organisation en renvoyant son groupe d’historiques cirer des chaussures dans la rue, mais aussi en assassinant commercialement les escapades de Maceo et ses All Kings Men. « Je n’ai rien à voir avec tout ça Monsieur le juge, j’étais en studio. J’ai des témoins …»
Emprunt à des soucis personnels de drogue suite à la mort de son fils, James perd lentement ce mojo qui lui avait permis de bâtir son Empire Funk.


James Brown - Hell
Au rez-de-chaussée tout le monde fait la fête et le champagne coule en torrent pour célébrer un Minister Of New New Super Heavy Funk qui a remis tout le monde dans le droit chemin avec son double canon scié The Payback au message on ne peut plus clair : quiconque la ramènera un peu trop sur le terrain du funk sans concession se fera rappeler à l’ordre sans ménagement. Pourtant, seul dans son bureau, la chevalière rutilante et la moustache taillée, James Brown sait que l’heure est grave. La jeunesse succombe aux plaisirs psychotropes et la grande déjante du funk aux acides semble plus fédératrice que ses productions. La jeunesse est en péril et au-delà la communauté toute entière. Il est alors temps pour James de prendre à nouveau le volant de sa Cadillac moralisatrice comme aux grandes heures de There It Is et d’entreprendre de sillonner les rues pour les sauver encore une fois d’une brochette de fléaux énumérée dans la pochette : drogue, guerre, prison…
Entouré de ses plus dévoués side men (Maceo, Jabo, Fred….), le Godfather va lâcher avec ce double Hell son dernier grand album, son dernier capable de tenir la distance et de mettre encore quelques uppercuts à ceux qui le pressent de passer la main.
Le format double lui pèse un peu cette fois et il faut consentir quelque écrémage dans cette livraison. Pour cette énième croisade salvatrice James coupe sa came jusqu’alors servie pure avec des notes plus gaies comme cette reprise de When The Saints Go Marchin’ In. La rue et le public peuvent ils se satisfaire d’un Godfather leur refilant une marchandise adoucie quand une Organisation rivale, la P-Funk Mob, écoule par camions entiers un matos planant mais toujours en prise avec les problèmes de la réalité ? Rien n’est moins sur, et le Godfather devrait éviter de penser que sous son seul nom il peut fourguer n’importe quelle pilule y compris cette reprise latino de Please, Please, Please. Pour les morceaux Soul, la malle arrière frise parfois la surcharge d’arrangements mais la présence de titres comme My Thang, Coldblood, ou I Cant’ Stand It ‘76 prouvent que James peut encore servir du funk de 1ère qualité quand il le désire, il suffit juste qu’il prenne la peine de regarder dans l’arrière boutique.
Malgré la qualité de l’ensemble, tenir une cohérence réelle sur la longueur se révèle impossible : les temps ont changé et James Brown trouve son aura ébranlée par un public qui fini par décrocher de son funk hypnotique. Mais concéder la moindre parcelle de son business sans réagir n’est pas dans sa manière de fonctionner surtout quand on a travaillé comme lui d’arrache pied pour en arriver là. James mourra les armes à la main. Dos au mur, le Godfather sort de son holster son plus gros calibre qu’il vide jusqu’à ce que le barillet tourne dans le vide sur les 13 minutes de Papa Don’t Take No Mess. Un carton au parfum jazz, criblé du clavier du Soul Brother, qui dénote dans cet album globalement plus produit et qui est à inscrire sur la longue liste de ses morceaux fleuves impérissablement funk jusqu’à l’os.

Malheureusement le Don Brown ne pourra pas lutter seul encore longtemps… En plus de la dissidence funk, les années suivantes vont voir la mise sur le marché d’une nouvelle drogue de synthèse, moins chère à produire mais aux effets dévastateurs : le disco. Sous ces 5 lettres maléfiques, un poison nocif qui va vider toute la musique noire de sa teneur politico-sociale. Tous les parrains de funk, du plus puissant ou plus insignifiant, vont en faire les frais et irrémédiablement la Cosa Nostra de James va se déliter. A partir de maintenant l’opium portant le sceau « Godfather Of Soul » sera d’un niveau inférieur et il faudra intégrer cette donnée avant de porter un avis sur ce qui va suivre. James met les autres en garde contre les périls qui mènent à l’enfer mais c’est bel et bien lui qui va le fréquenter pendant quelques temps.
Le Soul Brother Number One clôt une exceptionnelle série d’albums funk entamée à la fin des 60’s par un ultime soubresaut, celui d’un Godfather que l’on croit mort mais qui tire sa dernière cartouche à bout portant sur celui venu lui fermer les paupières.

En savoir plus :

LIENS

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Fred Wesley
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Pee Wee Ellis
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