Living Colour : Time was up…again

Lundi 23 Janvier 2006

Dans la galaxie groove, les tendances les plus éclectiques existent. Il y a près de vingt ans de cela, une fusion de ces tendances apparaissait, mêlant funk, rock, jazz, reggae dub ou d'autres genres. Living Colour, LE groupe fusion par excellence, est l'un des meilleurs exemples de cet élargissement du champ des possibles par l'explosion des frontières musicales. Voici leur histoire...


Living Colour : Time was up…again
Durant les années 80, le rock n’était plus qu’un pastiche de ce qu’il avait été pendant les deux décennies précédentes. Avec l’arrivée de formations et de mouvances commerciales et standardisées, le public avait perdu de vue la pureté et la créativité que des Jimi Hendrix , Santana ou Funkadelic Who says a funk band can’t play rock ? »), pour ne citer qu’eux, avaient pourtant apporté peu avant cela. Cependant, hors du circuit commercial, des musiciens continuaient à se nourrir de ces influences et à briser les frontières que l’industrie musicale avait imposées au porte-monnaie du public. La résurrection allait venir de l’un des plus importants viviers musicaux de la planète : New York.

Living Colour : Time was up…again
Living Colour, né en 1984, y fut ainsi découvert par… Mick Jagger. Le groupe perpétuait une tradition musicale noire allant de Chuck Berry et Little Richard à Jimi Hendrix et Sly Stone , entre autres. Conscient de la matière brute qui les animait après une performance scénique plus que remarquée au CBGB’s , un club mythique de la ville, le leader charismatique des Rolling Stones leur mit le pied à l’étrier en produisant une démo et les mit en contact avec EPIC.

Vernon Reid (à la guitare), Muzz Skillings (à la basse), Will Calhoun (à la batterie) et Corey Glover (au chant), alliant des influences très diverses (jazz, rock, blues, funk, reggae et même Drum’n Bass), mettaient leur virtuosité au service de textes à message dont la sincérité fut confirmée par leur récente réaction à la catastrophe du 11 septembre 2001 et aux travers du monde actuel : l’album ColleidoscØpe (2003).

Vernon Reid et le journaliste Greg Tate , dans cette même révolte, créèrent très tôt la Black Rock Coalition, destinée à lutter conte les discriminations raciales dues aux segmentations marketing de l’industrie musicale. L’idée était de casser la logique de produit fourni à une « cible » précise, celle-ci rendant par exemple impossible l’idée d’un groupe de rock noir puisqu’en généralisant le rock était réservé aux blancs (discutable, la preuve…). Leur initiative fut d’autant moins saugrenue que les noirs ont bel et bien créé le rock, tout n’est qu’une question de terme… La Black Rock Coalition continue à aider des groupes locaux en les « aguerrissant » aux pratiques de la communauté artistique. Une émission de radio éponyme animée par Vernon Reid émet aussi sur le Net ( Ecouter.

Living Colour : Time was up…again
1988 fut donc le début d’une série de quatre albums studio avec le cataclysmique Vivid , Time's up , acclamé par la critique en 1990, Stain , en 1993, avec l’arrivée de Doug Wimbish à la basse puis Pride , sorti en 1995, au moment de la séparation du groupe. Signalons aussi Biscuits , en 1991, un six titres constitué de morceaux enregistrés pour l’occasion, de titres non retenus pour Time’s up et de captations de leur tournée de 1989 (celui-ci risque de ne faire plaisir qu’aux inconditionnels). Notez qu’il existe des albums live, dont un concert au CBGB’s en 1989, mais les lister tous serait fastidieux. Une solution : www.livingcolour.com

Living Colour , à l’époque de la sortie de Pride , avait vendu près de quatre millions d’albums dans le monde entier et gagné de nombreuses récompenses dont deux Grammy Awards, deux MTV Music Vidéo Awards, deux International Rock Awards et plusieurs New York Music Awards. Ils avaient aussi marqué le renouveau du rock en l’associant à d’autres styles et leur fusion allait influencer la naissance de formations telles que Rage Against The Machine , Sevendust , Incubus et bien d’autres. Pourtant, en 1995, des désaccords sur la direction musicale du groupe les menèrent à la séparation. S’en suivit une longue période durant laquelle chacun des feux Living Colour vaqua à ses projets solos.

Living Colour : Time was up…again
Will Calhoun fut à l’origine de la reformation. Parti pour un tour du monde de cinq ans allant de la Russie (en tant que membre de l’ensemble jazz de Wayne Shorter) à l’Australie (où il étudia la musique tribale, logé par une famille aborigène de l’Outback) jusqu’au Maroc (où il expérimenta la transe musicale Gnawa), il recueillit d’innombrables témoignages de sympathie pour Living Colour. Cette ferveur du public dans les recoins les plus improbables de la planète lui rendit finalement la foi en la défunte formation.

C’est en décembre 2000, fort de la certitude qu’il était temps pour le groupe de se retrouver, qu’il persuada Vernon Reid de faire une apparition sur la scène du CBGB’ s en featuring de Headfake , la formation Drum’n Bass de Doug Wimbish . Celle-ci accueillait d’ailleurs déjà parfois Corey Glover . La frénésie du public et le plaisir de se retrouver sur scène comme dans le passé leur rendirent leur vigueur des débuts. Une tournée triomphale aux USA s’en suivit, ainsi que des concerts en Amérique du sud puis la tournée des festivals européens. Vivid re-mastered , sorti en 2002, marqua alors leur retour aux origines. Comme son titre l’indique, il s’agit d’une version de leur premier album agrémentée de cinq morceaux bonus, dont la reprise de Should I stay or should I go des Clash .

Living Colour : Time was up…again
C’est à peu près à cette même période que le groupe se remit à composer. Près d’un an et demi leur fut cependant nécessaire pour retrouver le feeling qui avait fait leur singularité et leur verve percussive. ColleidoscØpe naquit enfin en 2003 et se révéla être non seulement un chef d’œuvre de musicalité mais également un pamphlet rageur contre l’aveuglement du monde actuel. On notera un joli clin d’œil avec une reprise déjantée d’un standard d' AC/DC : Black is back


DISCOGRAPHIE : De « Vivid » à « ColleidoscØpe »


« Vivid» 1988, Epic

Living Colour : Time was up…again
L’album des débuts de Living Colour passe au crible des sujets tels que le racisme, les conditions de vie dans les banlieues (entre autres) et entame la tradition des textes engagés du groupe. Vernon Reid frappe par son jeu complètement déjanté, Muzz Skillings et Will Calhoun forment une solide section rythmique et Corey Glover Tient parfaitement son rang de frontman.

Cult Of Personality , entrecoupé par des extraits de dialogue de leaders politiques comme JFK ou Roosevelt , est un pur morceau rock parfaitement taillé pour la guitare de Vernon Reid. On notera aussi Middle Man , Desperate People , Broken Hearts et Memories Can Wait , la reprise d’un standard des Talking Heads . Open Letter (To A Landlord), avec la performance de Corey Glover au chant, est peut-être le meilleur morceau de l’album. Glamour B oys et Which Way To America , produits par Mick Jagger himself, sont les deux seuls morceaux un peu plus funky de cet album qui finira classé au Top ten. Notez la participation de Public Enemy sur Funny Vibe , dans une fusion thrash/rap.

1. Cult of Personality
2. I Want to Know
3. Middle Man
4. Desperate People
5. Open Letter (to a Landlord)
6. Funny Vibe
7. Memories can’t wait
8. Broken Hearts
9. Glamour Boys
10. What’s your Favorite Color? (Theme Song)
11. Which Way to America?

« Time’s up » 1990, Epic

Living Colour : Time was up…again
Un deuxième album est toujours difficile mais celui-ci, acclamé par la critique, révéla une étonnante maturité. Time’s up , le morceau d’ouverture, est déjà plus puissant que ce que le groupe avait pu rendre dans Vivid. Living Colour s’essaie ici au jazz, au rap, à d’intenses morceaux rock ou funk. Sur des morceaux comme New Jack Theme , Vernon Reid fait preuve d’une grande virtuosité, mêlant des sonorités jazz à des riffs à la Led Zeppelin. Son son exceptionnel éclate également sur l’intro d’Information Overload , d’une grande qualité. Calhoun et Skillings mettent toujours à profit une belle richesse rythmique et Corey Glover se montre même plutôt bon guitariste sur Type où il tient également la rythmique.

Time's Up , d’une grande diversité mélodique, est truffé de featurings. Queen Latifah donne une performance teintée de soul sur Under A Cover Of Darkness , un morceau à la manière de Prince. Doug E. Fresh apporte son flow à Tag Team Partners et Solace Of You et même Little Richard vient mettre son grain de sel à Elvis Is Dead . L’album reste pourtant teinté de noir. Time's Up et Information Overload sont des morceaux désespérés et Fight The Fight est certainement le meilleur résumé de cette vision réaliste du monde qui les entoure et de leur envie d’agir.

1. Time’s Up
2. History Lesson
3. Pride
4. Love Rears its Ugly Head
5. New Jack Theme
6. Someone Like You
7. Elvis is Dead
8. Type
9. Information Overload
10. Under Cover of Darkness
11. Ology
12. Fight the Fight
13. Tag Team Partners
14. Solace of You
15. This is the Life

« Biscuits » 1991, Sony / Epic

Living Colour : Time was up…again
On peut classer les titres de Biscuits en trois types distincts. Tout d’abord deux morceaux enregistrés pour l’occasion : Talkin' Loud And Sayin' Nothing de James Brown et Burning Of The Midnight Lamp , de Jimi Hendrix . Dans un style un peu moins rock et un peu plus funk, ils préfigurent la tendance de Stain.

Ensuite, on trouve deux titres qui n’avaient pas été retenus pour Time's Up . On comprend d’ailleurs difficilement que l’énergique Money Talks ait été mis de côté à l’époque tandis que Love And Happiness , une reprise d’Al Green bluesy mais « gentillette », n’aurait pas correspondu au ton de l’album.

Les derniers morceaux sont des lives de leur tournée de 1989. Memories Can't Wait , des Talking Heads , fait son effet mais Desperate People , malgré une débauche de distorsion, laisse un peu l’impression d’un pétard mouillé.

Biscuits reste un opus destine aux fans et il est fort probable que son manque de cohérence provienne des problèmes entre le groupe et leur bassiste Muzz Skillings . Celui-ci quittera Living Colour peu après pour être remplacé par Doug Wimbish .

1. Talkin’ Loud and Sayin’ Nothing (NYC., mai 1991)
2. Desperate People (CBGB, NYC, décembre 1989)
3. Love and Hapiness (Unreleased Track from “Time’s up, avril 1991)
4. Memories Can’t Wait (Live au Ritz, NYC, avril 1989)
5. Burning of the Midnight Lamp (NYC, mai 1991)
6. Money Talks (Unreleased Track from “Time’s up, avril 1990)

« Stain » 1993, Sony / Epic

Living Colour : Time was up…again
Cet album, sorti en pleine période grunge et dont la fusion ne correspondait pas vraiment au son du moment, a été sous-estimé aux Etats-Unis. C’est la période du départ de Muzz Skillings , remplacé à la basse par Will Calhoun et de l’arrivée du producteur Ron St. Germain . Même le visuel de la pochette sent le vent du changement. De compositions assez pop-art pour les premiers albums, on passe à l’image plutôt glauque et sado-maso d’une jeune femme au crâne rasé. La beauté enfermée dans son carcan… Il s’agit quoi qu’il en soit d’un excellent album.

La tendance est un funk rock très propre avec des parties de guitare au son plutôt « fat ». On passe du hard rock à l’ancienne ( Ignorance is bliss , Wall ) au punk ( This little pig , Mind our own business ) via des phases plus expérimentales et peut-être moins marquantes ( WTFF , Hemp ). On retiendra Nothingness , superbement arrangé, l’étonnant Bi Everybody loves you when you’re bi… », sans commentaires…LOL), et le déjanté et électrique Ausländer .

1. Go Away
2. Ignorance is Bliss
3. Leave it Alone
4. Bi
5. Mind your Own Business
6. Ausländer
7. Never Satisfied
8. Nothingness
9. Postman
10. WTFF
11. This Little Pig
12. Hemp
13. Wall
14. T.V. News (Bonus Track de la version européenne)
15. Love Rears its Ugly Head (Bonus Track de la version européenne, Poom-Poom Room, NYC, 1er avril 1991)

« Pride » 1995, Sony / Epic

Living Colour : Time was up…again
Sorti juste après la séparation de Living Colour , Pride a été produit pour répondre à des obligations contractuelles et n’est forcément pas d’un immense intérêt. C’est en fait une compilation des trois premiers albums. Six titres sont extraits de Vivid , qui avait fait gagner un Grammy Award au groupe ( Cult of Personality , Open Letter (to a Landlord) , Glamour Boys , Funny Vibe , une version live de Memories Can't Wait , et un mix de What's Your Favorite Color? {Theme Song). Type, Solace of You , et le remix de Love Rears Its Ugly Head viennent de Time's Up .

Nothingness et un instrumental de WTFF sont les deux seuls titres de Stain , le moins coté des trois albums. Leave It Alone et Ausländer sont des versions qui n’avaient pas été retenues pour Time's Up et Stain , d’où une faible qualité qui ne rend pas service à la compilation. Release the Pressure , Sacred Ground , These Are Happy Days et Visions ont été composés pendant l’élaboration de Stain et sont des morceaux qui leur sont « resté sur les bras ».

1. Pride
2. Release the Pressure
3. Sacred Ground
4.Visions
5. Love Rears its Ugly Head (Soulpower mix)
6. These are Happy Times
7. Memories Can’t Wait (live)
8. Cult of Personnality
9. Funny Vibes
10. WTFF
11. Glamour Boys
12. Open Letter (to a Landlord)
13. Solace of You
14. Nothingness
15. Type
16. Time’s Up
17. What’s your Favorite Color? (Theme Song)

« Vivid Re-Mastered » 2002, Sony / Epic

Living Colour : Time was up…again
Vivid re-mastered , sorti deux ans après les retrouvailles de Living Colour , est en fait une version de leur premier album agrémentée de cinq titres bonus. C’est un retour aux sources qui s’est certainement voulu un signe de la volonté de « recentrer le débat ».

Outre les titres qui avaient lancé Living Colour sur la stratosphère, notons un mix funky de Funny vibe , dont la première version avait pour featuring Public Enemy , une reprise de What’s your Favorite Color?, des captations live de Middle Man et Cult of Personality ainsi qu'une reprise de Should I stay or should I go , des Clash .


1. Cult of Personality
2. I Want to Know
3. Middle Man
4. Desperate People
5. Open Letter (to a Landlord)
6. Funny Vibe
7. Memories can’t wait
8. Broken Hearts
9. Glamour Boys
10. What’s your Favorite Color? (Theme Song)
11. Which Way to America?
12. Funny Vibe (Funky Vibe Mix, Bonus Track)
13. Should I Stay or Should I Go? (Bonus Track
14. What’s your Favorite Color? (Bonus Track)
15. Middle man (live, Bonus Track)
16. Cult of Personality (Live, Bonus Track)

« ColleidØscope » 2003, Sanctuary

Living Colour : Time was up…again
Véritable retour au sources, ColleidoscØpe est une sorte de legs artistique dans lequel le groove et la sensibilité de Living Colour demeurent entiers. Ses morceaux incisifs, au sons originaux et sans concession constituent un opus comparable aux chefs d’œuvres qui les ont influencés. C’est le manifeste de la fragilité du monde dont nous avons hérité ( Song Without Sin , A ? of When et Operation Mind Control ). Dans Choices mash up/Happy Shopper , par exemple, Glover fustige la société de consommation. Il aborde également le sujet de l’environnement dans Sacred Ground .

On notera sinon la touche électronique d’In Your Name et le reggae-dub de Nightmare city . Black is back , l’étonnante reprise du classique d’AC/DC est l’un des points d’orgue de l’album, tout comme la surprenante et dévastatrice version de Tomorrow never knows, des Beatles . Vernon Reid prouve que le groupe n’a rien perdu de sa qualité avec des solos de guitare prodigieux. Par son groove hypnotique, sa sensibilité mélodique et rythmique, ColleidoscØpe marque le retour miraculeux d’un des groupes les plus talentueux des trente dernières années.

1. Song Without Sin
2. A ? of When
3. Operation Mind Control
4. Flying
5. In your Name
6. Back in Black
7. Nightmare City
8. Lost Halo
9. Holly Roller
10. Great Expectations
11. Choices Mash Up/Happy Shopper
12. Pocket of Tears
13. Sacred Ground
14. Tomorrow Never Knows
15. Nova

Info de dernière minute:

VERNON REID & MASQUE
Don minimum obligatoire de 10 euros
Soul-Funk
le 30/01/2006 à 21h00
NEW MORNING
7-9 r. des Petites-Ecuries
75010 PARIS
20,90 €

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