Aretha Franklin : Respect

Mardi 8 Juin 2010

En juin 1968, Aretha Franklin, alors âgée de 26 ans, est la première femme noire à avoir l'honneur de faire la une du prestigieux Time Magazine. Deux ans plus tôt, la jeune Aretha semble pourtant avoir plus le profil d'une artiste quelque peu "has been" qu'un profil de futur génie de la soul music...


Née à Memphis mais élevée à Detroit depuis l'âge de 7 ans par son père pasteur, Aretha chante fréquemment avec ses sœurs dans l'église baptiste où officie son père. Malgré les clichés de la jeune noire désœuvrée (quatrième d'une famille de cinq enfants, famille mono-parentale, mère une première fois à 14 ans, puis une seconde fois à 16...), Aretha Franklin n'en fréquente pas moins grâce aux connaissances de son père, ami de Martin Luther King et militant reconnu pour les droits civiques, de nombreux intellectuels et artistes afro-américains tels que Mahalia Jackson, Clara Ward, BB King, Sam Cooke ou bien encore Art Tatum et Oscar Peterson.

Sa petite notoriété dans le milieu gospel attire le légendaire producteur John Hammond (découvreur entre autres de Count Basie, Billie Holiday, Lionel Hampton, Charlie Christian, puis à l'origine des signatures de Bob Dylan ou Bruce Springsteen ...) qui la signe en 1960 chez Colombia Records. Toutefois après 6 années passées et plusieurs albums enregistrés dans le prestigieux label, toujours aucun hit majeur à l'actif de la future Lady Soul, la chanteuse aux quatre octaves restant cantonnée à un registre jazzy qui ne trouve pas vraiment son public.


i["I cherish the recordings we made together, but, finally, Columbia was a white company [that] misunderstood her genius."John Hammond]i


Sa rencontre avec le vice-président du label Atlantic, Jerry Wexler, et sa signature avec cette maison de disque en novembre 1966 sont un tournant décisif pour sa carrière. Fermement décidé à changer l'orientation musicale d'Aretha afin de lui donner une coloration plus soul, Wexler amène en janvier 1967 sa protégée en Alabama (dans la minuscule agglomération semi-rurale de Muscle Shoals) aux studios Fame ((Florence Alabama Music Enterprises). Réputé pour ses enregistrements avec Percy Sledge, Otis Redding ou Wilson Picket, les studios de Rick Hall drainent alors (avec la maison de disque Stax) toute la crème des musiciens (majoritairement blanc !) de "Southern Rythm & Blues".

Aretha Franklin : Respect
"Je l'ai conduite à l'église, je l'ai fait asseoir au piano, et je l'ai laissé être elle-même." Jerry Wexler

Prévu pour durer une semaine, l'expérience se termine pourtant en fiasco dès la fin de la première journée de travail ! Venu avec son mari Ted White, celui-ci se dispute violemment avec le propriétaire du studio Rick Hall suite à une remarque à connotation sexuelle, sur fond de tensions raciales, entre un des musiciens et Aretha. Dans la boîte malgré tout cela, un morceau qui fera date: "I Never Loved a Man (The Way That I Love You)", single qui en quelques mois se vendra à plus d'un million d'exemplaires et trustera 7 semaines d'affilées la première place des charts R&B ! Aretha a enfin son hit !

Échaudé par sa dernière expérience sudiste, Wexler ne souhaite dorénavant plus se rendre à Muscle Shoals et n'hésite pas, en catimini, à faire monter les musiciens de la Bible Belt à New York pour finir l'album prévu initialement dans les studios Fame.

I Never Loved a Man The Way I Love You - 1967
I Never Loved a Man The Way I Love You - 1967
L'album fait l'effet d'une bombe. Entre titres originaux et reprises de Sam Cooke, Ray Charles et bien entendu d'Otis Redding (un "Respect" transcendé qui devient un hymne féministe, numéro un huit semaines d'affilés dans les charts R&B et à nouveau vendu à plus d'un million d'exemplaires !) ce disque devient immédiatement un classique.

"Je me souviens du jour de la sortie à Boston de "I Never Loved a Man". J'étais passé au Mass Record (...) et le petit haut-parleur dirigé vers la rue au-dessus de la porte diffusait Aretha sans discontinuer. Les gens dansaient dans la rue, malgré le givre, seuls ou à deux, puis se pressaient au comptoir pour acheter un exemplaire de cette musique magique, tandis que le disque passait en boucle. On aurait dit que l'on venait de changer de millénaire" Peter Guralnick, Sweet Soul Music


Pour le mensuel "black" Ebony, l'été 1967 est marqué par trois « R » : « Retha, Rap, and Revolt ». "Retha" pour Aretha Franklin, "Rap" pour Rap Brown militant du Mouvement des droits civiques apôtre d'une "Black Revolution", "Revolt" pour les émeutes que connait Detroit fin juillet (quarante-trois morts, dont trente-trois Noirs). En 1968, après avoir conquis les ghettos, la middle class blanche américaine s'empare du phénomène. Time Magazine peut dorénavant faire sa une sur The Queen of Soul.

Aretha Franklin : Respect


Thierry Ferreira

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