I feel Good : Mémoires d'une vie - James BrownMuzul
14 Octobre 2005
James Brown par James Brown ! Faut avouer que ça en jette ! Qui mieux que lui-même pour raconter dans le détail ses 70 ans au service de la musique et son incroyable longévité dans un milieu où certains n’ont même pas fait une semaine ?
L’histoire de James commence dans les pires conditions du cauchemar Américain : le Sud profond et raciste (pléonasme), la misère, abandonné par une mère qu’il ne reverra que 20 ans plus tard, élevé dans un bordel par sa tante, connaît très jeune les joies de la vie dans 4 m² avec des barreaux etc, etc. Tiré de cette mouise par la famille de son futur meilleur ennemi Bobby Byrd avec lequel il fonde les Famous Flames , James se lance dans la musique et pulvérise toutes les scènes à portée de ses bottines. Très vite à l’étroit, il prend le contrôle de ces mêmes Flames pour finalement partir en solo dans cette quête du groove qui lui fera bousculer tout sur son passage et imposer au monde son funk nerveux et sec, alternant révolutions ( Live At The Apollo est le premier disque gravé en une seule piste, Papa’s got A Brand New Bag et Sex Machine ont marqué les rythmiques à jamais), succès commerciaux, déboires financiers, passage devant les tribunaux…Toujours compté mais jamais K.O. Il enflamme encore les scènes à 70 ans passés.
Durant toute sa vie, James Brown n’a pu compter que sur une seule personne : la sienne. Guidé par cette incroyable confiance en lui, il s’est remis de tout pour en revenir encore plus fort : le business, les séjours en prison, les coup bas du pouvoir, la mort de son fils Ted , celle d’une de ses femmes, ses mariages qui ont coulés les uns après les autres. Rien n’a pu l’arrêter, rien n’a eu raison de lui. Il en est toujours ressorti grandi et gonflé à bloc. Soul Brother Number One alliant musique et business, il s’est fait un devoir d’être le seul maître à bord pour composer, réaliser, produire et diffuser SA musique. Devenu « le Noir le plus puissant d’Amérique », dixit le magazine Life, il a possédé des stations de radio, un jet privé, une maison de disques, il a tout perdu, de ses biens matériels à sa place dans les charts, pour recommencer à chaque fois avec toujours cette intarissable confiance en lui qui lui a fait déplacer des montagnes. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour que l’on puisse se délecter d’un tel livre et pourtant il n’en est rien. Il ne faut pas se leurrer, tout James Brown qu’il est, il a usé des mêmes ficelles que n’importe quel footballeur ou candidat de télé-réalité pour « écrire » son bouquin. A savoir, raconter quelques bribes de sa vie à un nègre qui lui a ensuite rédigé ça au propre. Le résultat est comme tous les livres du genre, pesant, enchaînant parfois platitudes sur platitudes, usant d’images toutes plus improbables les unes que les autres pour étayer un raisonnement qui, pourtant, ne pousse pas les murs. Les seuls passages réellement captivant restent ceux où James évoque sa musique, ce feu intense qui est en lui depuis sa naissance et qui n’a cessé de sortir sous différentes formes, Blues, Soul, Funk, Rythm & Blues, Jazz, faisant de lui l’icône incontournable et immortelle de la musique Noire. Rien que lorsqu’il évoque la genèse de Say It Loud, les chœurs résonnent et la lecture devient en audiorama ! Les passages strictement dédiés à la musique, au business ou aux affres du Godfather avec le pouvoir blanc qu’il est allé défier sur ses propres terres (l’épisode des stations de radio est particulièrement révélateur…) sont donc les plus savoureux. Malheureusement, pour goûter ces moments, il faut passer par des stupidités baignées d’un patriotisme affligeant du type « j’aime Dieu, mon pays, ma famille » (oui oui, dans cet ordre là…) ou s’ingurgiter des phrases à sauter au plafond du type « j’apprécie le président G. W. Bush …parce qu’il a décidé de mener une politique d’intégration et qu’il s’entoure de collaborateurs comme Condoleezza Rice et Colin Powell »… Le sommet du grotesque étant atteint par cette lettre écrite par sa femme attestant que James est un bon gars et un mari exemplaire malgré les querelles d’amoureux virils qu’ils ont pu avoir, la plus fameuse d’entre elle donnant lieu à une Homérique poursuite avec les forces de l’ordre pour se terminer à l’ombre. Jamais à court de mégalomanie voire même d’égoïsme, on a beau retourner le livre dans tous les sens, le secouer pour voir des fois que, rien n’y fait, pas une ligne n’est consacrée aux piliers grâce à qui sa musique à pu évoluer : Pee-Wee Ellis , Maceo Parker et Fred Wesley . Quant à Bobby Byrd il n’encombre pas non plus les pages par sa présence… L’album photo est à la mesure du livre : décevant. Que des photos convenues, pour la plupart loin d’être inédites. Alors que l’on aurait aimé que James Brown nous sorte quelques trésors de sa collection personnelle, on se retrouve avec des photos de lui et ses « amis » Nixon, Bush, Reagan (« un type avec un charisme fou et (qu’il) adorait »)… et même Johnny Halliday ! Sans commentaires donc. Vraiment dommage, une vie aussi riche méritait un tout autre traitement, plus profond et plus détaillé, loin de ce livre vite lu. Le bouquin définitif sur James sera écrit par quelqu’un d’autre que lui. En savoir plus :
City Editions
Septembre 2005 LIENS Site Officiel de James Brown Funky Stuff Super site avec forum consacré à l'univers JB [Wikipedia]url: http://en.wikipedia.org/wiki/James_Brown Maceo Parker Fred Wesley Martha High Marva Whitney Pee Wee Ellis Clyde Stubberfield & Jabo Starks DOSSIER JAMES BROWN Voir notre dossier JB regroupant toutes les chroniques, articles, news, interviews sur ce thème : James, Pee Wee, Maceo, Lyn Collins, Marva Witney... Extraits et achat :
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