Le deuxième opus de cette compilation a été sélectionné par le collectif berlinois Jazzanova (
chronique de leur dernière compilation sur notre site). La définition du jazz posée par ce deuxième volume est plus large de celle des puristes : les titres datent des années 90 pour les plus anciens, et vous n'y trouverez ni les frères Belmondo, ni Paolo Fresu, encore moins Jacky Terrasson. On y écoutera la nouvelle garde, d'origine anglaise pour la majeure partie, adepte de l'échantillonnage, des remixes, et de divers styles comme le broken beat ou l'electro, dont le rapport avec le jazz est loin d'être acquis pour ceux à qui cette musique s'apparente à Archie Shepp ou
John Coltrane.
Le disque débute par une agréable fusion jazz-soul vocale, Butterflies de Los Nikis, puis par un grand classique du groupe de drum'n'bass 4Hero's, Spirits In Transit. Ce titre, sorti il y a 8 ans sur l'album de référence Two Pages, reste surprenant de modernité et de finesse, et est pourvu d'arrangements de cordes très maîtrisés. On peine à croire que ce track est composé par un groupe de jungle. Sûrement une des plus belles sélections de ce disque.
En plage 3, on trouve une énergique reprise live de
Carlos Garnett, Mother of the Future, qui vaut l'original tout autant que celle de
Norman Connors : onze minutes de jazz-funk brésilien brillant et dansant, porté par des excellents solos de saxophone, de batterie et de basse fuzz, soutenu par la voix tendue de Bembe Segue, que l'on aura l'occasion de voir sur scène le 24 avril 2006 à Paris. Un titre à la fois groove et technique qui renvoie au meilleur de la chanteuse Flora Purim.
Le disque continue avec l'incontournable et génial
Matthew Herbert, ici en big band, avec un titre plus conventionnel que ceux auxquels ils nous avaient habitués. Il n'en reste pas moins 5 minutes de jazz vocal agréable, porté par la voix de
Jamie Lidell.
Retour à l'électronique avec un remix de
Brand New Day de Pavel Kostiuk, plus connu sous le nom de Dego McFarlane de
4Hero's. Le remixe broken beat de Château Flight s'en tire honorablement sans pour autant apporter d'intérêt supplémentaire à la composition originale.
Suivent deux titres à l'intérêt limité :
Two Miles Before Dawn de Two Banks Of Four est une composition jazz très calme, assez jolie, mais malheureusement identique à de nombreux titres du genre, et on peine à s'y intéresser. Modern Times de Rima est quand à lui noyé dans des nappes de synthétiseur loin d'être du meilleur goût, frisant avec une musique sans âme, sans saveur, assez typique de la période 75-80 : on pense au pire de Deodato ou de
George Duke, ou encore Weather Report.
A contrario, la musique de
Carl Craig via son groupe de jazz Innerzone Orchestra parait étonnamment originale, malgré un son très daté. Ici, synthétiseurs riment avec planant, non dans une émotion vide ou consensuelle, plutot comme un voyage sous drogue, d'une précision diabolique. Une vision de la musique qui semble la plus proche d'un esprit free jazz, non loin de Sun Ra.
Ce deuxième volume se termine par un composition majeure, Muster Fur Kammerorchester de
Carlo Fashion. La tension que dégage ce titre se rapproche de celle de grands groupes des années 70 tels que The Art Ensembe of Chicago. Un mélange de moderne et de roots savamment dosé donne ici un titre surprenant et rare.
Enfin
Hedvig Hanson cloture ce disque avec Afro White, porté par des vocaux très Brésil et une flûte très funky. Un titre jazz-funk sympathique pour amateurs.