Le funk sur les radios d’Ile de France (1981-2002)

Mercredi 1 Mars 2006

Les enjeux d’une étude sur la musique funk sont multiples. En langue française, il n’existe aucune référence spécifique sur cette musique en général (1). De plus, la radio est le premier média de diffusion de cette musique. Les radios et émissions consacrées à cette musique sont nombreuses. Cependant, l’intensité de la diffusion radio du funk a énormément varié depuis les premières émissions et nombreuses radios associatives, euphoriques du début des années 1980, jusqu’aux émissions marginalisées, destinées à un public restreint depuis les années 1990. Comment en est-on arrivé là ? Comment une étude sur la diffusion d’une musique permet de cerner l’évolution d’un média tel que la radio ? Comment les maisons de disques ont-elles imposé les programmations des radios musicales délaissant ainsi progressivement le funk ?


D’un point de vue pratique, l’historien ne dispose d’aucune institution ayant archivé de quelconques sources sur ces radios puisqu’elles sont associatives et privées. Médiamétrie n’a vu le jour qu’en 1985 et ne dispose d’aucun chiffre pour les radios qui nous intéressent. Les dossiers d’autorisation ou non par la Haute Autorité n’ont pas été conservés. En fait, pour cette étude, j’ai privilégié les témoignages des anciens animateurs, techniciens et autres responsables des radios (environ 35 personnes qui ont accepter de me rencontrer). J’ai, par ailleurs, récupéré une quantité raisonnable de cassettes audio enregistrées significatives de ces 20 ans de radiodiffusion, des grilles de programmes, des photocopies et autres documents divers relatifs à ces radios grâce à l’intérêt et à la collaboration des personnes que j’ai contacté.

Définitions du funk

Le funk est une musique englobant de nombreuses caractéristiques qu’il faut d’abord préciser. Historiquement, il est apparu dans les quartiers noirs des villes américaines à la fin des années 1960. Culturellement, il représente une expression essentielle de la population afro-américaine, en rapport avec cette tradition musicale développée par les premiers esclaves. Chronologiquement, dans l’histoire de la musique noire, il succède à la soul et précède le rap. Ce découpage reste artificiel puisque les trois styles se mélangent continuellement. Mais il aide à la compréhension et à la connaissance surtout pour les non-initiés. Le funk est donc un courant musical multiple : l’écrivain américain Dave Thomson, dans son livre intitulé Funk (2), répertorie grossièrement quatre grands courants représentant l’évolution stylistique générale : le « pré-funk » (1950-1970), le « classic-funk » (1970-1975), le « disco-funk » (1975-1985), et la « new-school » (1985-2000). De plus, les dénominations de styles de funk sont innombrables et varient selon les codes et inventions des passionnés (3). Ce sont les deux époques intermédiaires (1970-1985) dont il sera surtout question dans cet article.
Mais, cette musique va également trouver des musiciens et défenseurs en Europe (Angleterre, Italie, Belgique, Hollande, etc…) et sur les autres continents également. Le funk n’est pas seulement américain ni new-yorkais. En France enfin, le funk, à travers la scène musicale parisienne, se diffuse réellement depuis le début des années 1990. Certes, quelques groupes pionniers existent dès la fin des années 1970 comme Black, White & co (4) mais ils ne sont guère plus médiatisés. Quant au mot ‘funk’ lui même, il était déjà utilisé au début du Xxe siècle par les musiciens de jazz américains. Le mot signifierait « transpiration positive » (5). D’après le sociologue Olivier Cathus (6), la musique funk serait vouée à l’effervescence ; la transpiration sous-entendant la participation collective à un événement. En tous cas, la musique funk est une musique liée au plaisir de danser, le rythme et la basse étant les éléments cruciaux.
Ainsi, même si notre sujet est centré sur Paris et sa région, la diffusion qui nous intéresse le plus à travers la radio est la production discographique étrangère. En effet, le support sonore du disque a permis la diffusion du funk sur les radios parisiennes. De cette production discographique, on peut délimiter un âge d’or pour le funk allant du début des années 1970 jusqu’à 1984. C’est une période durant laquelle les productions américaines et européennes sont importantes et reconnues. La date de départ est incertaine ; 1968 pourrait correspondre à l’année de sortie du tube "I feel good" de James Brown. 1984 correspond à la dernière année de la production pléthorique en funk. Après 1984, l’évolution des instruments de musique et des choix d’enregistrements apprauvissent la création musicale en musique funk si bien que la majorité des amateurs parlent de fin du « funk traditionnel », c’est à dire joué par des groupes de musiciens traditionnels. Dès lors, le funk n’est plus dans l’air du temps, mis à part pour quelques groupes spécifiques qui se revendiquent du funk des années 1970. Citons une nouvelle fois Malka Family, F.F.F, Juan Rozoff, Sinclair qui sont les plus connus.

La « libération » de la FM

L’arrivée de la gauche au pouvoir entraîne la libération des ondes radios et l’encadrement de cette liberté par une autorité de contrôle : la Haute Autorité de la Communication et de l’Audiovisuel. La loi du 9 novembre 1981 autorise la création des stations privées de radiodiffusion. Dans ce contexte, certaines radios vont pouvoir diffuser du funk sur leurs ondes à partir de 1981. Avant cette date, il faut noter mentionner les émissions sur les périphériques, sur les grandes ondes que ce soit le Hit de clubs animé par Bernard Shu sur Europe 1 par exemple. Citons également l’émission Planète 7 animée par Smith & Wesson sur Radio 7 dès 1980. Voici, en quelque sorte, les précurseurs.
Le ministre de la communication Georges Fillioud précise que seules les associations et les collectivités locales auront le droit de se porter candidates pour l’obtention de fréquences ; elles devront respecter les obligations s’appliquant à la presse ; les puissances d’émetteurs seront limitées ; il sera interdit aux radios de se constituer en réseau et d’avoir recours à la publicité. Ceci sera loin d’être respecté sans que pourtant il n’y ait de réelle sanction pour les radios « hors-la-loi ». Rappelons la puissance de 100 kilowatts pour l’émetteur initial de Nouvelle Radio Jeunes alors que la loi limitait la puissance à 500 watts. De plus, des publicités issues des accords tacites entre radios et petits commerçants sont fréquentes sur les antennes de ces radios locales. Bref, les réseaux et la publicité ne vont pas tarder à imposer leur mode de fonctionnement.

Une seconde loi, celle du 29 juillet 1982, crée la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle présidée par Michèle Cotta. Cette Haute Autorité sera chargée de délivrer les autorisations d’émettre, après l’avis de la commission. Le 21 décembre 1982, elle accorde ses premières autorisations pour une durée de trois ans, alors que la loi prévoyait une durée de dix ans. Mais la demande reste largement supérieure à l’offre : à la fin de l’année 1983, le nombre de dossiers arrivé devant la commission s’élève à 2000 alors que la commission de répartition des fréquences estime à vingt-sept le nombre de stations (7). Pourtant, de nombreuses radios émettent sans autorisation et ne sont pas prêtes à quitter la bande FM (8).

L’esprit enthousiaste des années 1980

Lorsque l’on interroge des auditeurs et amateurs de funk qui avaient entre quinze et vingt-cinq ans au début des années 1980, ils sont tous unanimes pour dire que Radio Show était la référence en matière de diffusion de funk. Cette radio émet à Paris dès la fin d’année 1981. Elle est créée par Claude Tuil alias « Claude Vivaldi », propriétaire de l’entreprise de chaussures Vivaldi. Il fait appel à son cousin Bernard Abitbol qui sera directeur des programmes et responsable du recrutement des animateurs. Elle a d’abord le nom de Radio Air Show, suivie du slogan la station balnéaire à Paris. Outre le jeu de mot sur ‘air show’, il est question de « radio du show-business » (9). Donc, théoriquement Radio Show devait d’abord être une radio diffusant essentiellement de la variété française. Mais, en fait, les deux fondateurs de la radio sont également des passionnés de musique funk. Radio Show diffusera alors les deux tendances musicales.
Cette radio rassemble, parmi ses animateurs, une majorité de Disc Jockeys professionnels. Sont présents à ses débuts des animateurs et journalistes actuels de télévision comme Francis Maroto, Dan Bolender, Daniela Lumbroso notamment. Radio Show émet sur 106.5 FM mais changera plusieurs fois de fréquences. Mais, en cinq ans d’existence, la radio n’a jamais été autorisée. En juin 1983, la radio fait appel à ses auditeurs pour qu’ils envoient des télégrammes téléphonés à la Haute Autorité car le dossier d’autorisation a été suspendu. Le 17 août, la radio arrête ses émissions avant que la plus grande saisie dans l’histoire des radios libres n’ait lieu le lendemain. Le 3 octobre, Radio Show réémet sur 94.2 toujours clandestinement. En décembre 1984, une liste de radios (dont Radio Show), qui occasionneraient des interférences avec les aéroports de Paris, est publiée. La radio s’arrête de nouveau avant la saisie mais revient en janvier 1985. Le 31 août 1987, les inspecteurs de la police judiciaire interviennent dans les studios pour saisir le matériel (10).
En plus de quatre années d’émissions, les programmes de Radio Show ont évolué. 1982 et 1983 sont les « grandes années » de la radio : l’audience dépasse les 400000 auditeurs ainsi que l’audience de sa rivale NRJ pendant quelques mois. Les émissions funk et soul notamment des animateurs ‘Maya’ et ‘Mr DJ’ sont des modèles pour les futurs animateurs d’émission funk sur les autres radios. En 1985, des animateurs partent tandis que d’autres arrivent et la coloration musicale change en s’orientant plutôt vers les variétés internationales et les tubes en général.
Au final, les raisons des problèmes d’autorisation de la radio sont multiples. D’abord, Radio Show est une « radio disco », c’est à dire émanant des boîtes de nuit. La commission n’aime pas a priori les « radios disco » puisque, selon elle, ces radios musicales n’ont pas de « réel projet global » (11). Ensuite, Radio Show se mêle aux innombrables demandes de dérogation et n’est pas prioritaire pour obtenir une autorisation. Enfin, la direction de la radio n’a pas su ni voulu réellement négocier avec les différents pouvoirs en place, notamment avec la Haute Autorité de Michèle Cotta. Claude Tuil reconnaît encore actuellement qu’il s’agissait d’un manque de savoir faire, de manière générale.
Radio 7 n’est pas une radio spécialisée dans la musique funk, mais plutôt destinée à la jeunesse. Etant issue de Radio France, elle est fondée en juin 1980 en émettant sur deux fréquences : 99.8 Fm stéréo et 91.7 Mhz. Radio 7 ne connaît pas le temps des piratages ni des problèmes de survie. Elle bénéficie de locaux et d’un budget raisonnables. Surtout, pour Radio France, il s’agit d’un soucis de créer une « radio originale laissant une large place à la musique dans ses programmes » (12). En tous cas, plusieurs émissions funk se distinguent parmi ces différents programmes. D’abord, Robert Levy Provençal, plus connu par ses initiales RLP, est le premier « animateur-DJ funk » engagé par Patrick Meyer. Sidney, animateur de Rapper Dapper Snapper (13), se fait remarquer si bien qu’il débarque sur TF1 en 1984 avec l’émission Hip Hop diffusée le dimanche après le feuilleton américain Starsky et Hutch. D’autres émissions plus périodiques se succèdent entre 1981 et 1987. Au total, ce sont des émissions largement écoutées et RLP explique ainsi que « c’étaient des émissions qui ont vraiment marqué les gens, il y avait des guests de folie, des DJs new-yorkais, des producteurs, c’était génial, on était super bien payé et on avait des moyens quasi illimités… » (14)
D’autres radios plus modestes diffusent également des émissions de funk. Il est impossible de les dénombrer ici mais il faut tout de même en citer quelques unes. Le Manhattan Show sur Mercure 104 dure de la fin 1981 à début 1985. C’est une émission connue et reconnue à l’époque, qui est très écoutée. Jean Michel Doué prétend même qu’il est souvent le premier à passer certains disques : des imports, des nouveautés renouvellées quasiment chaque semaine. Les autres émissions sont plus ciblées géographiquement ou alors tout les amateurs de funk ne sont pas au courant de leur existence même. En effet, de nombreuses petites radios laissent des créneaux à des émissions funk. Elles n’ont d’ailleurs pas forcément une durée de vie importante. L’émission Just for funk sur Transitalia dure plusieurs années jusqu’à 1987, date de saisie de la radio. Mais, elle revient sur Beur FM. L’émission Top Dance sur Radio G, émettant depuis Genevilliers dans les Hauts de Seine. Cette émission est animée par phil, futur animateur de Voltage FM. A Clichy sous Bois, la Radio des Handicapés (R.D.H) fait connaître un animateur nommé Ben. Black Star Music sur Radio Ile de France, émettant depuis Argenteuil, est un autre exemple d’émission, mais diffusée dans le créneau horaire du mercredi après-midi pendant presque deux ans, jusqu’à 1986.

Enfin, quelques noms méritent d’être cités pour cette première époque euphorique des « radios libres ». D’abord, Dee Nasty développe la soul et le funk sur des radios comme Radio 7, Arc en ciel, Carbone 14 et RDH. Ce ne sont pas des radios spécialisées dans la musique noire mais des animateurs et des DJs, par différents contacts, parviennent à stabiliser quelques émissions. Dee Nasty fait partie de ces animateurs pionniers en matière de diffusion du funk sur la bande FM francilienne au même titre que Phil Barney sur Carbone 14. Mais, ce dernier, Dee Nasty, le rapper Lionel D comme Sidney ou Chabin vont être les précurseurs, diffuseurs du Hip-hop en France. En effet, la transition du funk vers le rap est aisément étant donné que les premiers raps sont faits avec les faces B (instrumentales) des maxi 45 tours de disques de funk. Les deux musiques sont très proches au début de ces années 1980. D’ailleurs, comme pour la soul avec le funk, le rap est influencé et se mélange avec le funk. (15)

« L’Epoque Voltage FM » (1986-1993)

Le funk sur les radios d’Ile de France (1981-2002)
Voltage FM, ou plutôt ‘Radio Voltage’ à ses débuts, est créée en 1982 par Jean Marc Cohen. Elle est établie d’abord dans un centre d’affaires, le batiment Bonaparte au Blanc-Mesnil. Elle partage sa fréquence (98.0) avec une autre radio, Radio Rivage jusqu’en 1986. Mais, jusqu’à cette date, elle n’a pas de couleur musicale précise si bien que les émissions varient depuis le hard rock jusqu’à la variété française, en passant par le funk et le zouk. Pendant ces quatres années de balbutiements entrecoupés de soubressauts, elle reste en fait dans l’ombre de Radio Show et de Radio 7. Mais Docteur Bee, animateur sur Voltage dès 1982, explique que Jean Marc Cohen a su trouver des appuis politiques dès le début qui ont permis à la radio de se préserver des saisies. E effet, il fait partie d’une liste de Droite aux élections municipales du Blanc Mesnil en 1983.
En fait, la disparition de ces radios lui permet de se développer fortement, en rassemblant l’ensemble des auditeurs amateurs de funk. En 1986, plusieurs animateurs arrivent à la radio et décident de propulser la radio dans une programmation essentiellement funk. Les locaux sont déplacés à Rosny sous Bois dans un garage à vélos, à l’intérieur d’un parc H.L.M. Le nouveau directeur des programmes Olivier Allardet, après son passage sur Radio Show, sait qu’un vide s’est créé depuis l’arrêt de cette dernière. Dans la période 1986-1993, Voltage FM devient alors la référence radio en matière de musique funk. Elle obtient une audience qui la place à la quatrième place des radios les plus écoutées en Ile de France en 1989 et en 1990.
En effet, les auditeurs sont fidélisés par la qualité des émissions et surtout par le créneau musical introuvable sur la bande FM à l’époque. Le Mega Funk Show animée par Olivier Allardet de 17 à 20 heures, tous les jours de la semaine est l’émission la plus écoutée selon les sondages concernant la radio. Les Dédicaces de Frédéric Galland de 20 heures à 23 heures toute la semaine sont très populaires. Enfin, à la troisième place, l’émission Remix du Docteur Bee des vendredi et samedi soirs de 23 heures à deux heures est également très prisée. Docteur Bee raconte même l’anecdote d’auditeurs domiciliés dans l’Oise qui prenaient leurs voitures pour se rapprocher de la capitale afin de pouvoir capter et enregistrer ses émissions sur leurs postes de radios.
Il faut également noter que Voltage est une radio établie en banlieue, animés par des banlieusards et écoutée surtout en banlieue parisienne. L’essentiel de son audience était fait grâce aux villes de banlieue contrairement à la situation actuelle. (16) Elle marque bien un clivage culturel, social et musical de la banlieue parisienne avec la capitale. Il est clair qu’autour de 1990, Paris est plus tournée vers les musiques électroniques nouvelles ou tubes de variétés françaises et internationales alors que le public banlieusard reste majoritairement tournée vers la musique funk et autres musiques noires plus populaires, plus établies dans les différents quartiers des villes de banlieues.
Enfin, Voltage est étroitement liée aux discothèques, à quelques disquaires spécialisés. De plus, par l’intermédiaire de la radio, de nombreux groupes américains souvent « hors-service » aux Etats-Unis sont reconstitués et viennent sur Paris et sa région pour donner des concerts, au bonheur des amateurs. Certains groupes comme Change, Delegation, Jimmy & Vella Cameron, Jerome Prister par exemple, débarquent ainsi pour la première fois en France sous l’impulsion de Voltage FM. Ceci avait été, en fait, très peu fait jusqu’à présent. Voltage FM représente bel et bien le media funk sur Paris et sa région durant ces années 1986-1993.
Lors de cette période, quelques émissions sur d’autres radios existent mais n’ont pas le même poids, ni la même durée de vie. Il faut tout de même citer L’Archipel du funk qui a duré de 1989 à 1992 sur la radio Transat FM dans l’Essonne de 1989 à 1992. i[

Générations 88.2 et les émissions spécialisées (1994-2001) : le funk, une « histoire de génération » ?

Dans un contexte où les réseaux sont désormais tout puissants, quelques radios résistent au mouvement de masse en reprenant en partie l’esprit des années 1980. Ce sont souvent des radios communautaires alors que les radios nationales n’ont plus aucun intérêt pour cette musique noire qui ne fait plus l’actualité des maisons de disques.

En 1994, Dan, l’animateur de L’archipel du funk, avec quelques autres pionniers ont le projet de créer une radio « black », c’est à dire consacrée à la musique noire. Une radio nommée E. FM va donc progressivement se transformer. Petit à petit, des créneaux funk, soul s’imposent. René Laforestie dirige cette radio associative indépendante, à l’heure des réseaux comme Skyrock, Fun et NRJ. Elle se veut ouverte à la jeunesse et à sa culture. Générations 88.2 est désormais accompagnée du slogan Toutes les rimes urbaines. La radio émet d’abord depuis l’hôpital charles Foix-Jean Rostand à Vitry (17) puis dans un local du boulevard de Ménilmontant dans le 20e arrondissement.

Les premiers animateurs dont Dan font appel à de jeunes DJs amateurs de musique noire. Plusieurs émissions se stabilisent comme celle de DJ Bronco offrant un pannel allant des rythmes brésiliens au funk du début des années 1980, en passant par la soul des 70’s. Les animateurs, soucieux de varier les disques de semaines en semaines, choisissent d’inviter des collectionneurs de disques, des DJs si bien qu’il existe une grande interactivité entre l’animateur et les auditeurs. L’émission Funky Jam, spécialisée sur les années 1980, s’est maintenue plusieurs années avant de s’arrêter brusquement à la rentrée de septembre 2002.
En fait, jusqu’à l’automne 2002, Générations 88.2 émettait dans deux créneaux horaires de la journée : de 7 heures à 14 heures et de 19 heures à 23 heures. Elle partageait ses émissions avec une autre station : Paris Jazz. Les deux radios ont finalement fusionnées à la fin de l’année 2002. Ses émissions sont plutôt réservées à un public de connaisseurs tant en matière de rap, de soul-funk, de reggae. Aujourd’hui, elle n’est pas aux premières places de mediamétrie mais rassemble essentiellement un public jeune, populaire. Cependant, les animateurs n’ont aucune contrainte de programmation contrairement à la majorité des radios destinées aux jeunes. Surtout, la radio permet une ouverture et une découverte musicale importante.

www.generationsfm.com

Durant la période, comme par le passé, d’autres émissions existent comme Black Music sur Espace FM ou le Power Dance Classic sur Media Tropical animé par l’ex-animateur de Voltage FM : Doctor Bee puis par Mous’s sur Radio France Maghreb. Ce sont deux émissions destinées essentiellement aux collectionneurs, aux amateurs de funk du début des années 1980. Ce sont des émissions où les disques diffusés sont prisés et souvent rares. Les animateurs ont une totale liberté de programmation. Le Power Dance Classic diffuse notamment des « non-stop music », c’est à dire plusieurs disques enchainés mixés les uns avec les autres. L’animateur et DJ Mous’s fait profiter de son savoir-faire et des nouvelles technologies pour faire écouter des morceaux retravaillés, remixés par ses soins comme le faisait Doctor Bee.
Enfin, des radios de masse comme Skyrock ou Europe 2 diffusent parfois du funk. Mais, il s’agit de funk « commercial », le choix de programmation étant lié aux ventes de l’époque et non à la qualité réelle des morceaux. En fait, face aux musiques actuelles qui y puisent pratiquement toutes leurs sources, le funk original semble démodé et donc hors des préoccupations commerciales des maisons de disques. Pourtant, les samples tant en musiques house qu’en rap ou rn’b restent une pratique courante et efficace. (18)

Conclusion

Pour conclure sur ce survol de 20 années de diffusion radio, il serait faux de dire que le funk n’a pas été beaucoup diffusé sur les radios d’Ile de France. Face au silence de la télévision sur le sujet et à l’absence de presse spécialisée (19), la radio a été et reste le premier media de diffusion de musique funk. Toutes les radios plus ou moins spécialisées dans cette musique ont permis à la majorité des amateurs de se construire une culture et une connaissance du funk.
Aujourd’hui, la majorité des radios étant formatée dans un créneau commercial, il est difficile à une musique non actuelle comme le funk de trouver une place satisfaisante sur la bande FM. Il est évident que l’industrie du disque dicte sa loi commerciale aux radios surtout depuis les années 1990. Ainsi, l’avenir probable de la diffusion radio du funk semble passer par internet surtout avec l’accès facilité au système de connexion haut débit ADSL.
En outre, une bonne connaissance de la musique noire en général amène également à douter de la réelle créativité musicale actuelle puisque toute la ‘dance music’ actuelle n’est que reprises, récupérations d’échantillons (20), mélanges de plusieurs titres. Bref, face à l’ignorance souvent avérée des amateurs de rap, de rn’b ou de house, l’enjeu de la connaissance et de la découverte musicale est une nouvelle fois commercial et aux mains des puissantes maisons de disques. Celles-ci préfèrent la consommation rapide des productions actuelles qui ont une durée de vie et d’écoute très réduites.

Notes

1 Il faut excepter la thèse du sociologue Olivier Cathus, Quelques aspects des musiques populaires et du funk en particulier (1996) qui n’est cependant pas limitée au funk.
2 Dave Thomson, Funk, Backbeat books, San Francisco, 2001.
3 Par exemple, le site www.funky-people.com répertorie 14 variétés de funk (funk 80’s, funky soul, afro, rare-groove, Psycho-Funk,…)
4 Il s’agit du groupe de Sidney, animateur sur Radio 7 puis sur TF1. Il est créé en 1979 pour être dissout en 1985.
5 Cf Richard Shusterman, L’Art à l’état vif, éd de Minuit, Paris, 1991.
6 Olivier Cathus, L’âme-sueur, le funk et les musiques populaires du Xxe siècle, Desclée de Brouwer, Paris, 1998.
7 Cf www.lefilradio.com , Jim Lapin, Emission radiophonique : d’une liberté à l’autre (4), Lymedias, 04/12/01.
8 C’est le cas de Radio Show dont il est question ici. A la fin de l’année 83, plus de 500 demandes sont insatisfaites. Citons par exemple Radio Voix Caraïbes.
9 D’après Claude Tuil, face à l’absence de réelle radio musicale avant les lois sur les radios libres de novembre 1981, Radio Show devait servir de media aux jeunes talents français.
10 Cf la rubrique Historique de Radio Show sur le site www.rshow.com .
11 D’après les témoignages des anciens animateurs de Radio Show.
12 Cf interview du premier responsable de la radio, Patrick Meyer sur France Inter le 1er juin 1980.
13 En fait, il anime plusieurs soirs par semaine des émssions consacrés aux musiques noires en général (funk, soul, rap, reggae,…)
14 Cf interview de RLP en juillet 2000 par David Stepanoff et Afshin Assadian du site www.clubtrotter.com .
15 Précisons que le premier titre de rap mondialement connu date de 1979. Il s’agit de Rappers delight de Sugarhill Gang qui est en fait un rap sur la version instrumentale du titre Good Times du groupe Chic.
16 En 1995, Voltage FM a été rachetée par Gérard Louvin et les locaux flambant neufs ont été établis sur Paris.
17 René Laforestrie a par ailleurs publié en 1997 chez L’Harmattan Viellesse et société, à l’écoute de nos aînés
18 Le titre de Modjo ‘lady, hear me tonight’, reprenant une bonne partie de la version instrumentale ‘Soup for one’ du groupe Chic est significatif par sa réussite commerciale.
19 Il faut excepter le magazine Tout Soul entre 1990 et 1994, le magazine Funk U publié par le Mothership Funk Club depuis 1995 et quelques rubriques dans le magazine Soul Bag.
20 ce que désigne communément le mot ‘sample’, c’est à dire un échantillon musical, provenant d’une source extérieure et obtenu grâce à cette machine utilisée depuis la tout fin des années 1980, que l’on appelle le sampler.

Vincent Sermet

Vincent Sermet prépare une thèse sur l’Histoire du phénomène funk en France depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui (Université de Marne La Vallée).
 

Son DEA en poche, il a été accepté en thèse et va donc consacrer les trois prochaines année de sa vie à faire des recherches sur le funk. Le tout finançé par le ministère de l'éducation, pouvait on espérer mieux. Enfin, il existera un témoignage écrit de toute cette somme de connaissances orale disséminée ça et là. C'est un fait assez exeptionnel et nous vous donnerons plus d'informations bientôt. Un grand bravo à lui et j'espère que vous serez nombreux à l'aider et à l'encourager !! Keep Da Funk alive !! mys35

Ecrire un livre, réaliser une étude sur la musique funk est une chose qui me tient particulièrement à cœur. En fait, il n'existe pratiquement rien, pas de livre en français sur cette musique qui a pourtant touché beaucoup de gens. Beaucoup d'entre nous sont nostalgiques de cette époque et regrettent souvent le poids des musiques médiatiques actuelles (Rap, Rn'B, House, …) qui y puisent essentiellement leurs sources. Je prépare donc une thèse d’Histoire sur le sujet : c’est à dire écrire l’Histoire du phénomène funk en France depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, bref la culture funk dans toute son ensemble, sur tout le territoire français ! C’est mon Histoire en tant que passionné de longue date, la votre et donc la notre…
Mes premières recherches ont consisté à démontrer comment, sur la région d’Ile de France, la musique funk avait évolué à travers la radio car la bande FM est, en effet, le premier média de diffusion du funk. J’ai essentiellement travaillé à partir de K7 d’émissions radio enregistrées (environ 60) et des interviews réalisées avec les animateurs et responsables de ces radios et de ces émissions. J’ai également récupéré des archives écrites (articles de presse, autocollants, promos, photos, …) disséminées chez toutes les presonnes que j’ai rencontrées. Bref, ce premier travail représente 120 pages sur le sujet…
Pour ces trois années à venir, mes axes de recherche sont nombreux et indissociables puisqu’ils concernent l’ensemble de la musique funk en France, dans sa création, sa diffusion et la réception de ses publics. Désormais, je pense pouvoir développer les secteurs suivants :

· Discothèques
· Disquaires spécialisés
· Collectionneurs de disques et grands amateurs en général
· Disc-Jockeys et soirées funk
· Concerts
· Distributions par les majors et labels français indépendants (circuits de distribution, rééditions,…)
· Supports sonores (résistance et survie du vinyl, compilation CD, ‘mix-tapes’,…)
· Groupes et musiciens : scène funk.
· Cinéma & audiovisuel (musiques de films)
· Dissémination des archives et liens avec l’étranger

Bien sûr, je suis prêt à échanger des k7, à faire profiter de ce que sais et de ce que je possède. J'habite à Argenteuil (95). Jusqu’à présent, j’ai déjà contacté beaucoup d’entre vous…Donc, si vous etes intéressés par mon projet, si vous vous reconnaissez dans les différentes thématiques que je veux développer, si vous avez un témoignage à apporter, si vous avez des infos, si vous voulez en parler, n’hésitez pas à me contacter vincemafia@club-internet.fr .

Vincent Sermet

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