A P-Funk Story Part.3 - Solid As A Rock

Lundi 26 Juin 2006

Résumé des épisodes précédents : Le début des années 80 a vu le navire P-Funk prendre l’eau de toutes parts. Clinton a juste eu le temps de sauter dans un canoë pour rallier la terre ferme et le label Capitol. En bon roi de la flibuste, il saborde tout chez son bienfaiteur, met les pieds sur la table et n’écoute personne. A nouveau à la rue, il est recueilli par un Nain génial qui lui offre le gîte et le studio. La collaboration Princière se révèle être parfois royale et le Dr Funkenstein poursuit son chemin sur le label de son hôte…


LARDOISE
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Clinton ne mène plus la danse depuis belle lurette pourtant les années 90 vont lui être salvatrices. L’explosion du rap, fait que ses albums mythiques se retrouvent samplés à tour de bras par les rappers. Le son West Coast ou G-Funk, qui lui doit pour ainsi dire tout, lui fait la part belle notamment par le biais de Dr Dré qui pompe quasi intégralement les nappes de synthés de Bernie Worrell ou les refrains des classiques de Parliament. Remis en selle, il enregistre en 1993 Hey Man, Smell My Finger en y conviant ceux qui ont pillé ses œuvres à grands coups de samplers et autres séquenceurs. Un autre Clinton fait pourtant la une de l’actualité : Bill le fumeur de cigares le plus connu au monde. George part donc lui aussi en campagne et propose carrément de repeindre la Maison Blanche en noir sur le titre du même nom, mais en anglais, Paint The White House Black, écho rapologique du Chocolate City de Parliament. Une pelletée de musiciens vient donner forme à l’album : quelques historiques comme les frère Collins, les Horny Horns ou Bernie, mais aussi le fiston Trey Lewd ou encore Flea des Red Hot. Comble du luxe, Clinton dégaine pour l’occasion de gros calibres de son holster : Public Enemy, Ice Cube, Dr Dré ou encore Digital Underground,G-Shock / Humpty Hump étant à Clinton ce que Chuck D est à James Brown : un rapper qui fait allégeance totale à son maître. Fortement imprégné de la lame de fond hip-hop, l’album réserve de grosses bombes (Martial Law, Rythm and rimes) et s’avère être une bonne fusion du Funk et du rap de qualité (cf le name droppin’ plus haut), Clinton lui-même n’hésitant pas à payer de son flow.

Quittant l’hospitalité du Love Symbol, il sort sur l’éphémère One Nation Record(encore une de ses filouteries en forme de label) le Ep Dope Dogs que l’on peut considérer comme son street-album. Moyens minimes et diffusion ultra-confidentielle (l’objet en question est donc collector) pour ce disque essentiellement composé d’un seul et même titre décliné dans différentes versions fatalement disparates niveau qualité. Le lot est assorti d’une piste spéciale sampling pour les apprentis hip-hop producers qui auraient la flemme d’écouter les albums en entier dans le but d’y trouver une boucle intéressante.

La même année, 2 bassistes historiques refont parler d’eux. D’abord Bootsy en sortant Lord Of The Harvest sous le nom de Zillatron, un album co-produit avec Bill Laswell et sur lequel on retrouve Bernie Worrell. Très difficile d’accès, donc ne pas foncer les yeux fermés, ça n’est pas du Bootsy pur sucre…Puis Billy « Bass » Nelson, qui tenait la rythmique avec Tyrone Lampkin sur les premiers délires acidifiés de Funkadelic et qui sort de l’ombre avec son groupe O.G Funk. Egalement produit par Bill Laswell, Out Of The Dark réjouira les fans d’un son funk-rock comme pouvait l’être celui de Standing On The Verge. Ce retour s’effectue aux côtés de Bigfoot Brailey et du décidément très polyvalent Bernie Worrell. Rappelons que ce même Bernie après avoir donné quelques coups de mains aux Talking Heads, officiait déjà l’année d’avant (1992 donc) au sein du très expérimental Praxis avec le batteur Brain (Primus), le guitariste givré Buckethead, et Bootsy, le tout produit par… Bill Laswell. 10 ans après, Bernie remettra le couvert avec les 2 premiers sous la direction du génial bassiste Les Claypool au sein de Colonel Les Claypool Of Bernie Brains pour l’album The Big Eyeball In The Sky. Faire des trucs aussi barrés, ça devrait être puni par la loi.

Mais, me direz vous, ils sont partout ! C’est une vraie mafia ! Non c’est la P-Funk Mob
P-Funk Mob qui revêt les traits de la P-Funk Guitar Army en 1994 pour un Tribute To Hendrix. Clinton et ses gratteux paient leur écot à feu Jimi qui aura été une grande source d’inspiration pour eux. Malgré le programme alléchant, tout ça reste un peu décevant (un volume 2 verra le jour en 1998), c’est pourquoi c’est du côté de Rest In P qu’il faut regarder, soit un recueil de morceaux enregistrés par Eddie Hazel pour son solo Games, Dames & Guitar Thang. Les 2 sont obligatoires pour tout fondu de P-Funk version guitare.



MC George’s in da mutha**@#in’ house !

LARDOISE
LARDOISE
Mais on parle, on parle, on s‘égare et pendant ce temps, le tsunami Hip-Hop a déferlé sur le monde entier de manière irréversible…

Le rap cartonne et les producteurs bâtissent des fortunes en samplant la musique d’autres ? Qu’à cela ne tienne, on ne la fait pas à ce vieux chien atomique qui leur jette en pâture la série Sample Of Dat (3 volumes) : rien que des lignes de basses, des riffs de guitare, de cuivres, de synthés, des voix isolées les unes des autres, la mine d’or Clintonienne vendue à l’once ! Amis rappers faites votre choix ! Mais passez à la caisse…

Atomic Dog lui avait permis de redorer son blason au début des années 80, en 1995 c’est Dope Dogs (2ème mouture), un album entièrement placé sous le signe des délires canins, qui déboule sous l’entité Funkadelic / Parliament / P-Funk All Stars. George devient Hip-Hop jusqu’au bout des locks : breakbeats, sampling, scratchin’, rappin’, il va même jusqu’à ajouter son nom à la (très) longue liste de ceux qui ont samplé le Funky Drummer de James Brown (céheffe parte toux). Les musiciens présents ne font souvent office que de musiciens sessions mais l’essentiel est ailleurs : Clinton a compris le rap et ne se contente pas de singer les jeunes pour montrer qu’il est toujours là. Preuve en est cette phrase à propos de Chuck D. : « Quand on parle de tonalité dans le rap, il n’y a que lui. Lui et Rakim »*. Preuve en est également avec ce qui peut être considéré comme une des plus belles pirouettes de sa carrière : la reprise en main de…Follow The Leader d’Eric B & Rakim justement ! Clinton le multi-samplé, l’inspirateur de tant de groupes prend les rappers à leur propre jeu.
1/ Il ne se trompe ni dans le choix du morceau ni dans celui du MC (un seul Rakim suffit à mettre au pas tous ces vendeurs multi platinés),
2/ la relecture est totale (pas de sample de Bob James),
3/ Clinton sur le beat, c’est pas Papy fait du rap et ça reste crédible.
Tellement crédible que le disque se retrouve stické « Warning : Explicit Lyrics », il faut dire qu’avec son All Son Of Bitches que NWA n’aurait pas renié...(A t-il poussé le vice jusqu’à massacrer les murs du studio à grands renforts de Poska ? Enchaînait-il de furieuses coupoles ? Ah ! s’ils avaient eu une caméra DV !!!). Que les puristes allergiques aux rythmiques rap se rassurent, on trouve de gros assauts de guitare sur ce disque qui aurait mérité d’être dédié à la mémoire des Real Dope Dogz qui nous ont quittés trop tôt : Mabrouk, Rintintin, Le Vagabond, Capi, Zerbino…R.I.P.
Nb : On est en terre Clintonienne et rien n’est simple, il existe donc 2 versions de Dope Dogs. Une Japonaise et une Européenne.

1995 sera décidément une année faste puisque Funkcronomicon vient grossir la liste des dossiers perdus du P-Funk. Produit par Bill Laswell (encore ?!), ce double cd réuni tout un tas de titres enregistrés par la P-Funk Mob pour le label Axiom Funk : Worrell, Bootsy, McKnight, Hazel, Brailey, Shider entre autres, mais aussi Sly Stone, Herbie Hancock, Bobby Byrd ou encore Buckethead. Le principe même du double album fait que tout n’est pas transcendant mais les 12 minutes 29 d’Orbitron Attack exécutées par le quatuor Hazel / Bootsy / Worrell / Brailey rend son achat quasi obligatoire (dois-je préciser qu’il s’agit d’une monstrueuse et agressive démonstration d’Eddie, soutenue pas une rythmique groovissimement lourde et bétonnée par Bootsy et Bigfoot, le tout annoncé par un magistral solo d’orgue de Bernie ? Trop tard c’est fait).

A P-Funk Story Part.3 - Solid As A Rock
(aparté)
Y’a pas à dire, le p-funk en live c’est quand même autre chose : des concerts fleuves, des versions de 25 minutes…c’est la raison pour laquelle, en infatigable tourneur, Clinton promène inlassablement son cirque à musique orgasmique dans le monde entier. La qualité est, encore aujourd’hui, fonction de l’état des troupes et surtout du carburant consommé mais le minimum syndical de 3 heures est respecté. 2 doubles témoignages de cette période sont disponibles : Live At Beverly Theater in Hollywood 1990 et Funk Um Again…For The First Time où la priorité est donné aux grattes et aux grooves métalliques (celui là possède un bon gros livret bien sympa avec force photos) Paraît aussi un formidable coffret de 4 Cd retraçant 30 ans de live 1973-1993, 4 disques remplis à ras bord de la folie scénique Parliafunkadelic (coffret qui fait parfois quelques apparitions sur des sites d’enchères mais qui atteint très vite des sommes élevées). Deux compiles-arnaque sont aussi dispo : 500.000 kilo watts of P-Funk qui n’est en fait qu’un assortiment de ceux précédemment cités mais dans des versions parfois estropiées ; et Live N’ Kickin’ qui n’est autre que 500.000 kilo watts of P-Funk mais habillé avec une pochette encore plus ratée.



Après 40 ans de bons et loyaux services dévoués au funk, Clinton se retrouve à la tête d’une œuvre pléthorique et, comme beaucoup de ses collèges producteurs, ses cartons débordent de titres inédits. Heureusement pour lui, les fans de P sont une légion insatiable, une bête avide qui en veut toujours et encore. Il publie donc les Family Series, 5 volumes de morceaux jamais sortis pour des raisons parfois étranges. Par exemple le titre des Brides Of Funkenstein Love Is Something, sublime et délicieux n’a jamais été mis sur un de leur album à cause de sa tonalité trop triste…et pourtant quel titre de folie ! 5 « nouveaux » albums où l’on retrouve à peu de près tout le monde : Funkadelic, Parliament, les Brides, Parlet, Junie Morrison, les Horny Horns. La même mise en garde que pour Dope Dogs s’applique ici : rien n’est simple avec Clinton aussi, les numéros varient en fonction du pays et un même volume peut avoir plusieurs pochettes différentes, de la plus P. à la plus pitoyable. Se fier donc au tracklisting pour s’y repérer…Il atteint là un de ses sommets de son côté businessman en donnant sur les notes de pochette la démarche à suivre pour toute personne désireuse de sampler un titre (envoyer un fax en précisant le morceau échantillonné, etc…) ! La période la plus représentée est celle fin 70-début 80 et certains volumes ont plus de tenue que d’autres, le gros œuvre côtoie l’anecdote, mais d’énormes bombes étaient restées prendre la poussière sur les étagères !

Plus de détail sur les Family Series (Extraits musicaux)

Voilà en tous cas un os à ronger pour les impatients qui devront attendre 1996 et The Awesome Power Of A Fully Operational Mothership, plus communément appelé TOPOAFOM, pour avoir de la vraie nouveauté. « If anybody Get funked up / it’s gonna be you », mais les P-Funk addict ne demandent que ça Dr Funkenstein ! Se faire mettre à l’envers par les grooves, trainer sans ménagement sur plusieurs mètres par des lignes de basses énormes, maltraiter par des attaques de cuivres, ensevelir par des soli de guitare à faire tomber les murs !! We want the funk ! C’est pas plus compliqué que ça ! Le tout est bien emballé et s’écoute avec plaisir. Un autre rapper New-Yorkais vient poser son flow en la personne d’Eric Sermon (le « E » de EMPD) et Clinton poursuit peinard son chemin. Et s’en suis un silence discographique de 9 ans…


Arrive 2005 et le retour tant attendu avec How Late… ! Le plus gros projet de Clinton, 24 titres / 2 h 30 de musique (>>> lire la chronique). S’il n’atteint pas le niveau de ces illustres prédécesseurs, ce fourre tout incroyable mêle tout ce qu’il a pu toucher dans sa carrière avec des sonorités plus contemporaines. Un double album qui ne fait pas l’unanimité, pourtant une chose est sure : après 50 ans passés dans un business musical auquel il a toujours imposé ses règles et qu’il a bousculé dans tous les sens, lui faisant perdre la tête plus d’une fois (encore aujourd’hui), George Clinton est toujours là ! A des années lumières d’un James Brown qui n’est plus qu’une caricature de lui-même (but still THE one), d’un Sly Stone qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Il est une vieille gloire du funk et pourtant il est toujours tellement actuel ! Combien de gens connaissent l’air de Give Up The Funk sans en connaître les auteurs ? Ses productions ont fait se consumer des milliers de paires de baskets à travers le monde, vriller plusieurs générations de cerveaux qui se sont pris le P-Funk un jour comme ça, sans crier gare en pleine tête, affoler des tonnes de samplers, influencer nombre incalculable de groupes et d’artistes.
Qu’il lui reste encore 10, 15, 20 ou même 30 ans à vivre, qu’il ait sorti des albums inimaginables et d’autres moins inspirés, qu’il soit un requin cupide même avec ses propres musiciens, peu importe : il a déjà gravé son nom en caractères gras au fronton du Panthéon de la black music (à peine quelques centimètres en dessous de celui du Godfather) et sa légende est devenue plus grosse que lui. Son œuvre multi-facettes d’une richesse inouïe, jalonnée de titres incroyables et de shows qui le sont encore plus, le tout exécuté par des musiciens hors normes fait que, quoi qu’il arrive, il restera à jamais le plus excessif, le plus productif, le plus tentaculaire, le plus explorateur, le plus grand dingo que le funk ai porté.
James Brown est le Saint-Père, Sly l’Ange Noir. Assurément George est le Messie éberlué stoned to the bone qui a voué son existence à propager la bonne parole.

* Histoires de Musiciens – In FOLIO

A P-Funk Story Part.3 - Solid As A Rock

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